Les chemins de l'indépendance

Acte 1 : La première souscription

 

Le 1er décembre 1860, les tous nouveaux habitants du hameau s’organisent et constituent un « Syndicat des propriétaires du Parc de Plessis-Trévise ». Cette société civile et particulière a été créée dans le but d’assurer l’entretien des chemins, une surveillance policière des propriétés et d’avoir un représentant auprès des trois communes dont dépend le hameau. Notons que sur les onze signataires de ce syndicat, seuls quatre y ont leur résidence principale, les sept autres sont des résidents secondaires.

 

 

Le 24 août 1873,  ils ouvrent une souscription et déclarent :

"Il est généralement reconnu que pour attirer la population vers un centre et favoriser l'établissement d'habitations, il est indispensable d'y créer une église et une école. On peut attribuer à l'absence de ces satisfactions le peu d'empressement que le public a mis jusqu'ici à profiter de la position si belle et si éminemment salubre du parc de Plessis-Trévise. Nulle part, en effet, on ne trouve à une aussi petite distance de Paris une campagne aussi belle, une telle profusion d'ombrages avec des avenues bien tracées, un air aussi pur, et pourtant, depuis 15 ans que la colonie est fondée, elle est restée dans un état à peu près stationnaire ; la population n’augmentant pas, les charges continuent à peser lourdement sur les premiers habitants. Il faut donc faire un effort pour appeler ceux qui regardent l'église et l'école comme le point du départ nécessaire de toute agglomération ; en facilitant l'accroissement de la population, on augmentera les ressources annuelles, de sorte que, sans demander de nouveaux sacrifices aux anciens résidents, on pourra poursuivre tant la mise en état de viabilité de toutes les voies du parc que les autres améliorations qui sont réclamées, on donnera un nouvel essor à la valeur des terrains et on constituera enfin des chances sérieuses pour que la colonie obtienne d’être érigée en commune indépendante. Les soussignés prennent, dans l'intérêt général, l'initiative d'une souscription destinée à réaliser ce projet et ils proposent aux adhérents les conditions suivantes :

Article premier

Il est ouvert une souscription pour établir à Plessis-Trévise une église ou chapelle et une maison d'école. A cet effet, il sera fait appel à trois ordres de ressources :

1° Celles provenant des souscripteurs qui se réserveront d'intervenir dans la réalisation du projet comme il sera dit ci-après.

2° Celles provenant des donateurs non intervenants quant à l'exécution.

3° Celles provenant des subventions qui pourront être obtenues.

 

...

 

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Situation en 1876 - Reconstitution du territoire de la future commune du Plessis-Trévise

(sources : INSEE - recensement de la population de 1876)

 

Les chiffres mentionnés correspondent aux secteurs qui seront détachés des 3 communes lors de la création du Plessis-Trévise  Maisons Ménages Personnes
Villiers sur Marne  29 39 116
Chennevières sur Marne 11 14 51
La Queue en Brie 27 32 91
Total      67 85 258

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Acte 2 : La pétition

 

Le 17 juin 1891, les propriétaires signent une pétition à l'attention du préfet pour demander l'érection en commune du hameau du Plessis-Trévise :

 

"Les électeurs du hameau de Plessis-Trévise ont l'honneur de vous adresser une demande pour obtenir que le hameau qu'ils habitent soit érigé en commune.

Voici le plus succinctement possible les faits qui motivent cette demande:

. Le territoire du hameau tout entier, compris dans le domaine du maréchal Mortier, duc de Trévise, domaine divisé en 1857, appartient à trois communes, toutes fort éloignées de notre centre : Villiers, 3 km 604, La Queue-en-Brie, 3 km 360, Chennevières, 4 km 266,

. La Queue et Chennevières ont leur communication par le chemin de fer de Vincennes et Villiers-sur-Marne est groupé sur le passage du chemin de fer de Mulhouse. Notre hameau se trouve en arrière et très isolé ; les trois communes qui le régissent le laisse très volontiers dans son isolement.

 

Comme conséquence :

. Pas d’éclairage ; pas de fontaine ; pas de lavoir ; pas de police.

. La viabilité, non pas seulement insuffisante ou négligée, mais en quelque sorte nulle.

Les communes s'imposent uniquement l'entretien de la voie classée qui traverse une partie du hameau ; Villiers et La Queue, depuis quelques années, votent une somme de 300 Francs et Chennevières entretient le bout d’avenue reliant la route de Chennevières à la sus dite voie classée. Et le hameau possède environ 14 kilomètres d'avenues !

 

Comme autres conséquences :

. Les habitants de Plessis-Trévise ont dû s'imposer en principe extraordinairement pour créer leurs chemins. Plus tard se cotiser pour faire ériger une chapelle.

.Se cotiser encore pour fournir une large part dans la création d'une école mixte aujourd'hui insuffisante (42 places, 94 élèves).

. Payer de leurs deniers une subvention annuelle pour assurer les services de correspondance avec le chemin de fer de Mulhouse.

. Continuer constamment cotisations et dons en nature pour avoir un cantonnier, acheter des pierres pour les routes, entretenir la chapelle, payer le desservant, venir en aide à l'école, etc., etc.

 

Pour résumer :

. D'un côté, les communes encaissent l'impôt du hameau et ne voyant dans cet état de choses qu'une bonne aubaine pour leur clocher.

. De l'autre, le hameau payant l'impôt légal dont il ne lui revient que des bribes, est constamment à la recherche des bonnes volontés pour pallier autant que possible aux déficits créés par les communes.

 

Nous sommes convaincus que notre hameau devenu commune et pouvant disposer de la part d'impôts qui lui revient, pourrait faire face à ses besoins et supprimer ainsi une sorte de mendicité permanente. Il assurerait encore de ce fait, la sécurité des personnes et des propriétés, sécurité absolument compromise aujourd'hui. Le dernier recensement devrait accuser croyons nous un chiffre rond : 900 habitants.

 

Laissez-nous espérer, Monsieur le préfet, que vous voudrez bien accueillir favorablement notre demande et veuillez agréer l'assurance de notre respectueux dévouement.

Signé, les délégués du hameau.

 

Acte 3 : La bataille

 

En 1891, suite à la pétition qui lui a été remise, l'affaire de l’autonomie est entre les mains du préfet et elle ne se règlera que huit ans plus tard ! Quand il sera question de construire une nouvelle école, l'inspecteur d'académie affirmera qu'il sera plus facile de l'obtenir lorsque Le Plessis sera érigé en commune, les trois communes dont dépend ce hameau se désintéressant trop souvent des besoins de l'école..

Quant à l’état des voies qui fait l’objet de récriminations permanentes dès 1880, il est répondu à cette question que Chennevières-sur-Marne contribue pour les deux tiers de la somme totale à leur entretien, alors qu'elle ne comporte qu'un sixième des habitants sur le hameau. En conséquence, la requête ne saurait être satisfaite.

En 1891, Villiers-sur-Marne compte plus de 1000 habitants. Chennevières-sur-Marne atteindra ce chiffre huit ans plus tard. En 1896, La Queue-en-Brie stagne autour de 700 habitants (y compris les écarts).

Il est évident que, dans ces conditions, Villiers-sur-Marne qui voit sa population augmenter du fait de l'implantation du chemin de fer (1857), est plus favorable à consentir quelques sacrifices financiers pour la population du hameau.

 

 

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Situation en 1891 - Reconstitution du territoire de la future commune du Plessis-Trévise

(sources : INSEE - recensement de la population de 1891)

En 15 ans, la population du territoire a été multipliée par 2,5 environ (258 habitants en 1876, 697 en 1891).

 

Les chiffres mentionnés correspondent aux secteurs qui seront détachés des 3 communes lors de la création du Plessis-Trévise Maisons Ménages Personnes
Villiers sur Marne (Val Roger) 34 37 118
Villiers sur Marne (Hameau du Plessis) 60 64 223
Chenevières sur Marne 37 51 178
La Queue en Brie  34 50 178
Total      165 202 697

4 mois après l'envoi de la pétition au préfet, les trois municipalités se réunissent en session ordinaire pour discuter des propositions soumises par les services préfectoraux. Leurs premières réactions sont révélées à travers les compte-rendus de ces sessions. Le chemin est encore long.

 

- Chennevières-sur-Marne : A l'unanimité, le conseil vote pour l'érection du Hameau en commune mais sous deux conditions : 

. que les limites de la commune projetée ne s'étendent pas au-delà des murs du parc, coté Chennevières

. que la nouvelle commune prenne en charge l'amortissement de l'emprunt contracté pour la construction de l'école du Plessis et rembourse à la commune de Chennevières en 10 paiements annuels égaux, sans intérêt, une somme de 3 000 Frs tant pour les chemins construits pour l'utilité seule du Plessis que pour les autres dépenses (mairie ...) engagées pour les besoins de la totalité des habitants.

- Villiers sur Marne : le Conseil Municipal indique :

. qu'il ne peut délibérer sur une simple production de plan

. qu'il a besoin de pièces et de documents complémentaires pour se convaincre de la mesure proposée.

- La Queue en Brie : le Conseil Municipal émét un avis de non-recevoir :

. il considère que la commune de la Queue en Brie n'a aucun intérêt à la séparation du Plessis

. la commune a fait des sacrifices pour le développement dudit hameau notamment en ce qui concerne la maison d'école

. demande à la majorité (moins 2 voix) que les choses restent en l'état actuel.  

 

 

Acte 4 : La Victoire

 

Les prétentions territoriales des habitants du hameau ont certes de quoi susciter le refus (grande enclave sur Villiers-sur-Marne, ferme des Bordes sur Chennevières-sur-Marne, une grande partie de La Queue-en-Brie).

La proposition des services préfectoraux est plus réaliste et correspond à peu près à ce que sera la future commune en 1899. 

Le commissaire enquêteur Godbert aura dès lors fort à faire pour régler le différend et pour circonscrire les revendications des pétitionnaires dans des limites plus raisonnables.

 

En 1892, il est proche d'aboutir avec Chennevières-sur-Marne, mais une vive reculade en séance du conseil municipal du 28 octobre fait retomber quelque peu l'optimisme. Vis-à-vis de La Queue-en-Brie, la barre placée très haut par les délégués du hameau écarte toute solution amiable immédiate. Du côté de Villiers-sur-Marne, les choses sont devenues plus faciles, bien que la commune veuille contrer les ambitions territoriales de ses adversaires dans le partage de l’extrémité du parc de La Lande.

 

En mai 1893, le commissaire-enquêteur parcourt le territoire faisant l’objet du projet mais ne réussit pas à amener un accord entre les communes et les pétitionnaires. En septembre, la commission, qui reconnaît que la création de la nouvelle commune s'impose et n'est contestée par personne, propose le découpage suivant :

. Villiers-sur-Marne abandonne 106 hectares et se retrouve à 431 hectares ;

. Chennevières-sur-Marne abandonne 60 hectares et se retrouve à 529 hectares ;
. La Queue-en-Brie abandonne 241 hectares et se retrouve à 921 hectares.

Le président du Conseil Général, le comte Treilhard, fait entériner les conclusions de la commission, étant entendu que la nouvelle commune prendra à sa charge le remboursement des emprunts contractés pour la construction de l'école et pour l'ouverture et l'entretien des chemins. La création de la commune doit de plus entraîner des frais dus à l'obligation de la doter d'une mairie et d'un cimetière, autant de dépenses qu'il est nécessaire de prévoir afin d'engager une gestion saine. Les membres de la commission répondent favorablement aux recommandations du ministre et présentent un budget pour 1899.

 

Le 7 juillet 1899, un décret-loi érige officiellement en commune le hameau du Plessis-Trévise, mettant un terme, cette fois définitif, aux multiples querelles qu'il ne faudrait pourtant pas assimiler à une guerre de sécession.

Extrait : 

"Le Sénat et la Chambre des Députés ont adopté,

 Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Article premier – La portion de territoire dite « Le Plessis – Trévise » et délimitée au plan annexé à la présente loi par une ligne rouge est distraite des communes de Villiers-sur-Marne, de Chennevières-sur-Marne et de La Queue-en-Brie (canton de Boissy-Saint-Léger, arrondissement de Corbeil, département de Seine-et-Oise) et formera à l’avenir, une commune distincte dont le chef-lieu est fixé au village du Plessis-Trévise et qui en portera le nom..."

 

[Ci-dessous : Texte de loi paru dans le Bulletin des Lois, pour le deuxième semestre 1899]

Une nouvelle entité administrative

Depuis le début des discussions, la définition du territoire de la nouvelle commune a été basée, pour en faciliter ses limites, sur l'existence des sections cadastrales des différentes communes .

En 1899, le Plessis-Trévise est finalement constitué à partir de :

- La section B dite de la Borne Blanche soustraite de Villiers-sur-Marne; les limites de cette section ont fait l'objet d'âpres discussions des villiérains qui y voyaient la perte du Château de La Lande et la formation d'une enclave dans la commune. Un référendum fut même organisé en sus de l'enquête du commissaire priseur. Mme Concha, propriétaire du château voulait quant à elle faire partie de la nouvelle commune. La limite Nord est l'avenue des Mousquetaires. 

- La Section C soustraite de Villiers-sur-Marne; cette section était la plus peuplée et avait pour vocation à devenir le centre du Plessis-Trévise. Elle ne fut pas contestée par Villiers. La limite entre la section C et la section A est constituée par l'actuelle Avenue Saint-Pierre.

- La section D dite des Bordes soustraite de Chennevières-sur-Marne. La ferme des Bordes reste sur la commune de Chennevières. Sur le plan, elle se situe approximativement à la place du tampon. La limite entre les sections C et D est formée par l'actuelle Avenue Maurice Berteaux.

- La section A dite du Plessis soustraite de La Queue en Brie. Cette section est difficilement morcelable; elle recouvre l'ensemble du domaine de Plessis-Saint-Antoine qui est presqu'entièrement cerné de murs et forme le prolongement du parc de La Lande. Il n'en demeure pas moins que la séparation de cette section fut l'objet d'intenses discussions,  M. de Rouvre  propriétaire d'une partie de celle-ci y étant opposé. 

 

Villiers abandonne 106 hectares, Chennevières 60 hectares et La Queue en Brie 241 Hectares.

Implantation cadastrale de la nouvelle commune du Plessis-Trévise. Loi du 7 juillet 1899

Gustave Dupont est nommé premier Maire du Plessis-Trévise. Quelques mois plus tard, le Conseil municipal est définitivement installé  : 

"L'an 1899 - Le 19 du mois d'octobre, à trois heures du soir, les membres du Conseil municipal de la commune du Plessis-Trévise proclamé par le bureau électoral à la suite des opérations des 1er et 8 octobre 1899, se sont réunis dans la salle de l'école communale sur la convocation qui leur a été adressée par le Maire, conformément aux articles 48 et 77 de la loi du 5 avril 1884".

 

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