La fin d'un domaine unifié et le début des constructions

 

En 1857, suite au décès de la veuve du Maréchal Mortier, le domaine est à vendre.

 

Dans un acte daté des 5 et 6 juin 1857, Jean Augustin Ardouin se porte acquéreur des 549 ha du domaine comprenant le château de La Lande, les fermes du Plessis-Saint Antoine et des Bordes, les  terrains et bois, pour la somme de 1 400 000 francs en partie pour lui et le reste au profit de 22 acquéreurs sous la forme de 8 déclarations de commandes.

 

Parmi les plus grands primo-acquéreurs, signalons : 

- Gustave ROGER : Château de la Lande (290 000 francs)

- Jean-Baptiste MARBEAU : Ferme des Bordes (184 000 francs)

- Jean Barthélémy BERTRAND : Ferme du Plessis Saint Antoine (180 000 francs)

 

Le lotissement du domaine par Jean Augustin Ardouin

Une vaste opération de découpage du domaine est alors engagée. L'unité de découpe est le "Lot".

De nombreux lots sont créés autour des avenues et allées existantes qui sont conservées. Ils seront souvent acquis par de riches citadins parisiens en quête de calme et de verdure. Au sein des bois, vont alors se construire les premières "villas".

 

Lotissement des domaines en 1857

Eustache Gonzalve : un affairiste et un généreux donateur

Eustache Gonzalve est surtout connu de nos jours pour avoir laissé son nom à l'une de nos avenues. En fait, il fut l'un des plus importants propriétaires de lots....

 

Eustache Gonzalve est, à cette date, premier clerc de notaire à Paris ainsi que directeur de la Compagnie Immobilière de l'Est. Bizarrement, il ne figure pas dans la liste initiale de J.A.Ardouin qui achète pour son propre compte mais aussi pour 22 premiers acquéreurs. Ce n'est, en effet, que plus tard, en 1857 puis en 1859, qu'il rachètera, en homme d'affaires avisé, plusieurs lots (source : Acte de 1859 chez Maitre Du Boys - Paris).

 

En 1857, il achète 37ha33 de terrains à Ardouin moyennant la somme de 280 038 francs. Par la suite, en 1861, il revend 4 050 m² de ces terrains au sieur Floriet, pour le prix de 2 878 francs. Justifiant une irrégularité au droit de vente, Ardouin estime que le produit de la vente lui revient et attaque en justice Eustache Gonzalve. Le jugement sera finalement rendu en 1865, aux dépens de J.A. Ardouin qui perd ainsi la somme réclamée.

 

Un peu plus tard, par Acte du 26 avril 1861, déposé chez Maitre Du Boys à Paris, Eustache Gonzalve fait don des nombreuses avenues, dont il est le propriétaire, aux communes de Villiers-sur-Marne, La Queue en Brie et Chennevières-sur-Marne. La plupart des avenues portent déjà les dénominations que nous leur connaissons actuellement.

Dans le même acte, il fait également don d'un terrain avec l'intention d'y construire une église. Ce terrain conservera longtemps le nom de Place de l'Eglise avant de s'appeler Place Gambetta puis désormais Place de Verdun. Quant à l'église, elle sera édifiée quelques dizaines d'années plus tard mais sur un autre terrain...

 

 

Le Ténor Gustave Roger

le Ténor Roger qui laissa non nom au quartier du Val Roger

En juillet 1859, le ténor Roger, tout nouveau propriétaire du château de La Lande, est victime d'un accident de chasse sur ses terres. Au passage d'une haie, il saisit son fusil par le canon, malheureusement le coup part et vient lui fracasser l'avant-bras droit. Les médecins, arrivés sur les lieux, ne purent que conseiller l'amputation. Il continuera d'assurer ses concerts durant de nombreuses années, muni d' un bras artificiel. 

En 1863, il morcèle une partie des terres qu'il possède en avant du château, créant ainsi un lotissement. L'avenue principale prendra son nom : avenue du Val Roger. Il attribuera aux avenues qui divisent les parcelles de terrains, le nom des opéras qui le rendirent célèbres. 150 ans après, la plupart de ces avenues ont conservé leurs noms. 

 

Plan de lotissement du Val Roger (établi entre 1857 et 1860 environ)

En mai 1872, la vente de 2 ha 58 ares est organisée au tribunal de Corbeil.

 

Journal Officiel du 15 mai 1872 - Annonce vente du château de Plessis-LaLande

En 1861, Richard Wagner séjourna quelques jours au château de La Lande, à l'invitation du ténor Roger qui lui avait proposé de traduire en français l'une de ses oeuvres "Tannhauser". A l'époque, cette oeuvre n'avait pas le succès qu'elle connait aujourd'hui. Finalement, il semblerait que la traduction ne se fit pas comme prévu ... 

Trois représentations seulement de cette oeuvre eurent lieu, cette même année à l'Opéra de Paris, suite à des désaccords entre Richard Wagner et la direction de l'Opéra qui voulait faire apparaitre la troupe du Grand Ballet au second acte plutôt qu'au premier afin de permettre aux membres du "Jockey club" d'être présents, Ces derniers sifflèrent les représentations, ce qui eut pour effet de faire perdre beaucoup d'argent à Wagner mais lui assura une renommée mondiale.

 

1857-1900 : la ruée vers l'or vert et la tranquillité

Préambule

Durant ses 40 premières années, il est difficile de reconstituer exactement l'évolution de l'habitat sur notre territoire alors réparti sur trois communes. Il existe bien des recensements dont le premier et le plus intéressant à exploiter est celui de 1861, mais les statistiques (nombre de maisons, nombre de personnes) ne sont pas encore détaillées par avenue mais seulement par secteur géographique. Les limites de ces secteurs sont imprécises et donc sujettes à erreur dans les comparaisons avec les recensements suivants. La maille géographique n'est pas toujours de la même précision pour une même date de recensement entre les trois communes. Des avenues sont parfois oubliées entre deux recensements ... Enfin, il semble établi que les résidences secondaires n'entrent pas systématiquement dans les comptages.

 

Malgré ces inexactitudes, il nous parait intéressant de présenter les informations de l'époque en termes d'habitat et de population afin de dégager une tendance. Quelques commentaires tout d'abord :

 

Commune de Villiers-sur-Marne (secteur géographique s'étendant du Val Roger jusqu'à l'avenue Saint-Pierre) :

. jusqu'en 1881, les recensements comptabilisent la population selon deux secteurs :

. Val Roger/Château La Lande

. Le Hameau du Plessis-Trévise (amorce du Centre Ville actuel), donc le reste du secteur

. à partir de 1881, les recensements sont détaillés par rue. Il devient alors presque possible de suivre l'évolution des constructions et du nombre d'habitants.

 

Commune de Chennevières-sur-Marne (secteur plus limité s'étendant de l'autre coté de l'avenue Maurice Berteaux/La Queue en Brie) :

. les comptages sont fournis par avenue dès 1872.

 

Commune de La Queue en Brie (secteur s'étendant alors de la ferme Saint Antoine jusqu'au chemin de Combault et limité par l'avenue Saint-Pierre)

. la population est répartie par avenue seulement à partir de 1881. Toutefois, compte-tenu de la population mentionnée à cette date, il apparait que les avenues avaient déjà été peuplées au cours des 20 années précédentes.

 

Notes sur les tableaux ci-dessous :

- une même avenue peut apparaitre sur plusieurs communes, soit parce qu'elle est le délimiteur, soit parce qu'elle s'étire sur deux communes. Des ajustements de calcul sont donc à opérer.  

- le rapport entre habitants et maisons peut sembler élevé, cela est dû au fait que souvent plusieurs ménages cohabitent dans la même maison.

- il peut y avoir des incohérences ou des manques sur les comptages d'une avenue entre deux recensements, cela est dû aux relevés mentionnés sur les registres (erreur de comptage, oubli de rues ...).

 

Les chiffres indiqués entre crochets correspondent au nombre d'habitants recensés dans l'avenue.

 

Secteur de Villiers-sur-Marne
1872 Val-Roger 10 habts
(3 maisons)

.

Hameau de
Plessis-Trévise
94 habts
(26 maisons)
 
1886 Val Roger

74 habts

(20 maisons)

Av. des Mousquetaires [22 habts], Av. du Château [13],
Av. de la Maréchale [14], Av. de la Favorite [5],

Av. des Huguenots [5] ...

Hameau de
Plessis-Trévise
192 habts
(40 maisons)

Av. Ardouin [69], Av. de la Queue en Brie [37],

Av. de la Maréchale [32], Av. Gonzalve [24],
Av. Pauline [10], Av. Thérèse [8], Av. de Champigny [6], Av. Saint-Pierre [6]

1896 Val Roger

138 habts

(40 maisons)

Extraits :

Av. du Château [16], Av. de la Queue en Brie [28],

Av. de la Maréchale [15], Av. de la Dame Blanche [12],
Av. des Mousquetaires [9], Allée du Prophète [10], ....

Hameau de
Plessis-Trévise
295 habts
(>80 maisons)

Av. Ardouin [82], Av. de la Queue en Brie [42],

Av. de la Maréchale [40], Av. Gonzalve [62],
Av. Pauline [11], Av. Thérèse [35], Av. Claire [13] ...

Secteur de Chennevières-sur-Marne
1872   62 habts
(8 maisons)

Av. de Chennevières [20 habts], Av. de Champigny [35],
Av. de la Queue en Brie [7].
A partir de 1876, l'avenue Marbeau est mentionnée.

1886  

90 habts

(20 maisons)

En plus des avenues citées ci-avant, les avenues Pauline, Clara et Coeuilly sont citées dans ce recensement.
1896  

176 habts

(42 maisons)

Extraits :

Av. Chennevières [36], Av. de Champigny [10]
Av. de Coeuilly [31], Av. de la Queue en Brie [27],
 Av. Pauline [28],  Av. Marbeau [17], Av. Clara [27].

Secteur de La Queue-en-Brie
1866   64 habts

Ferme du Plessis Saint Antoine + ?

1876   91 habts Ferme du Plessis Saint Antoine + ?
1881*  

148 habts

(28 maisons)

Av. Gonzalve [72 habts], Av. Lefebvre [22],
Av. de la Maréchale [16], Av. Ardouin [12],
Av. Bertrand [7], Av. Pauline [5],  Av. Alphonsine [8], Av. Saint-Pierre [6].
1896   171 habts
(39 maisons)

Av. Gonzalve [89 habts], Av. de la Maréchale [27],

Av. Pauline [15], Ferme du Plessis [12], Av. Lefebvre [9],
Av. Ardouin [9], Av. Bertrand [5], Av. Aubry [4]...

Sources : Archives Départementales 94 - Recensement de la population entre 1817 et 1896 (extraction des secteurs correspondants à la future commune de Plessis-Trévise) .

* Il manque le recensement de 1886 pour La Queue en Brie.

Carte du Plessis-Trévise aux environs de 1900

Plan Marceau 1891 (les carrés noirs représentent les bâtiments)

Le plan ci-dessus a été dressé au moment de la création de la commune. Les éléments représentés sont d'un grand intérêt : voies existantes, répartition des habitations, présence des canaux, matérialisation du château de La Lande, route passant devant la ferme des Bordes....

Quelques unes des premières villas construites au Plessis-Trévise

Une annonce particulière : celle de la vente du château en 1881

Vente du Château de La Lande en 1881

 

Article paru le 12 juillet 1881 dans le journal "le XIXe siècle"  :

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"Vente à l’audience des criées du tribunal civil de Corbeil (Seine et Oise), le mercredi 27 juillet 1881, onze heures du matin du MAGNIFIQUE CHATEAU de Plessis-Lalande, ancienne résidence des princes de Conti et du Maréchal Mortier, duc de Trévise, à Villiers-sur-Marne (Seine et Oise).

 

- Parc 11 hectares, belles futaies, canal d’eaux vives, glacière, potagers et vergers, chalets de gardes, grande avenue, pièce d’eau et terrains dits les Squares de six hectares.

- Grand établissement hydrothérapeutique,

le tout à Villiers sur Marne, 40 minutes de Paris, ligne de Mulhouse.

 

En trois lots, avec faculté de réunion, après enchères publiques.

Total des mises à prix : 305 000 francs

 

S’adr. à Corbeil, à Me Delaunay, avoué poursuivant, et à Me Chambeu, avoué présent à la vente; au château de Plessis-Lalande pour le visiter; à Boissy-Saint-Léger, à Me Legros, notaire."

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Le syndicat des propriétaires du parc de Plessis-Trévise

Le syndicat des propriétaires du Parc de Plessis-Trévise est formé pour trois ans, à compter du 1er novembre 1860. Son siège est à Paris.

 

L'article 1 stipule que cette société ne peut être constituée que par l'adhésion de propriétaires réunissant ensemble au moins un million de mètres superficiels de terrains.

 

L'article 2 fixe les objectifs du syndicat :

1) L'établissement et l'entretien des chemins tracés conformément au plan annexé aux actes de vente passés devant Me Aubry, en date du 5 juin 1857 (achat Ardouin aux héritiers Mortier) ainsi que les mesures propres à assurer sur ces chemins l'écoulement des eaux.

2) La police de surveillance pour la conservation des clôtures et le respect dû aux propriétés.

3) Les rapports avec l'administration publique pour tout ce qui concerne l'intérêt commun des propriétaires.

Une cotisation est demandée à chacun des membres en fonction des surfaces possédées.

 

En 1869, la cotisation était fixée à 6 francs par 1000 m² superficiels.

Pour en savoir plus

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