1914-1918  

                  La Grande Guerre

 

Les débuts de la guerre

Le 28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier de l'empire Austro-Hongrois, par un nationaliste serbe, constitue l'événement déclencheur de la Première Guerre mondiale. Le 2 août, l'ordre de mobilisation générale est proclamé en France. Ce même jour, l’armée allemande envahit le Grand-Duché du Luxembourg. Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4, l'armée allemande envahit la Belgique pour contourner les troupes françaises massées à l'Est. Le 11, la France déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie suivie le 13, par l'Angleterre.

  

C'est le début d'une guerre dont les champs de bataille seront principalement localisés en Europe mais qui par le jeu des alliances et des empires coloniaux, aura une portée mondiale. En cette année 1914,   commence alors une terrible guerre où seront dénombrés des millions de morts.

 

La commune du Plessis-Trévise est éloignée du front mais comme toutes les communes de France, elle a dû participer à l'effort de guerre en fournissant son lot de combattants.

 

Notre objet n'est pas de décrire les faits de cette guerre largement commentée par ailleurs, mais de vous présenter quelques documents, témoignages, événements en relation avec notre commune.

  

Recensement des voitures hyppomobiles et mécanisées sur la commune du Plessis-Trévise

 

Recensement des voitures en 1915 par le Ministère de la Guerre

Pendant cette période de guerre, on procède au recensement des voitures et des motocyclettes mais également des chevaux, mules et mulets de tous âges, ainsi que des taureaux en "service" et des vaches "pleines ou à lait" en vue d'une éventuelle réquisition.

 

Sur la feuille de recensement des attelages, outre l'identité et l'adresse des propriétaires, sont notés :

- la classe et la catégorie de voiture, 

- le sexe de l'attelage, son âge, sa taille, sa couleur de robe et un numéro de catégorie.

En 1915, au total, 26 voitures à cheval sont dénombrées au Plessis-Trévise(cf. illustration). 

 

Sur la feuille de recensement des voitures, outre l'identité et l'adresse des propriétaires, sont notés :

- la marque (Dion-Bouton, Peugeot, Clément-Bayard ...), la puissance en CV, le type de combustible,

- le nombre de personnes transportables, le nom du conducteur habituel,

- le type de carosserie (Landau avec ou sans capote, Torpedo ...), l'année de mise en service, 

- la nature des bandages (pneus Michelin ou Continental) et leur type (dimensions).

En 1915, une dizaine de voitures et un poids-lourd, sont dénombrées au Plessis-Trévise.

 

Des déplacements règlementés

 

Pour se déplacer, même à peu de distance, des laisser-passer ou sauf-conduit étaient nécessaires. Exemples de deux documents utilisés par des résidents du Plessis-Trévise :

- un sauf-conduit délivré en 1915 à Paul Vincent, accordé pour ses déplacements en voiture dans toute la zone de l'intérieur. Il était alors ingénieur chez Peugeot à Sochaux et résidait dans la villa devenue aujourd'hui l'Ecole de Musique.

- un laisser-passer pour Jacqueline Bauer, délivré par le maire du Plessis-Trévise (Jules Nivette) en 1916, et l'autorisant à se rendre en Seine et Marne.

Souvenirs de quelques poilus du Plessis-Trévise

 

Alphonse Coluche, ?, André Deseine (avec la pipe), ?

Alphonse Gustave Colluche 

 

Il naquit  le 5 janvier 1881 à Favières (77),  Enfant il se blessa en tombant sur une trompette. On lui enleva alors une partie de la mâchoire gauche, de sorte qu’il avait la joue creuse et une vilaine cicatrice qui lui avait entrainé une difficulté d’élocution. Jeune homme, dès qu’il eut de la barbe, il la laissa pousser, elle ne le quittera plus. (Informations recueillies auprès de ses filles).

En conséquence, il fut réformé de l'armée et  c'est en tant qu'engagé volontaire dans la Légion qu'il fit la guerre de 1914/1918.

Il a laissé le souvenir d'un  brave homme, honnête, courageux, grand et robuste. Pompier volontaire durant les années 1920, il vivait de petits travaux comme l'installation des étals du marché. Il braconnait dans les bois aux alentours pour les restaurants du village : le Faisan Doré ou Laugaudin, place Gambetta. (Propos recueillis auprès de Mme Becquart et de Mme Olga Lemaire).

Il eut pour compagne Clara Schmidt qui était handicapée  (devenue quasiment aveugle à la suite d’une scarlatine contactée alors qu’elle était enceinte de sa première fille). Elle avait exercé la profession de repasseuse à la manufacture de faux-cols.

A la foire de Monthéty, près de Lésigny, en Seine et Marne, Alphonse Coluche se faisait un peu d’argent, en passant la tête par un trou aménagé dans une planche dessinée. Les gens lui envoyaient des tomates, bien mûres de préférence. Un jour, de mauvais plaisantins lui ont envoyé des pierres, et il fût blessé, à nouveau, au visage. (Informations recueillies auprès de Mmes Maillot et Delanoue).

En 1947, Il tourna aux studios de Joinville le rôle d’un clochard (court passage mais très reconnaissable) dans le film de Marcel Carné «Les portes de la nuit».

Il se mit à boire plus que de raison et fût retrouvé mort dans un fossé près de la Tour Pentray, le 11 décembre 1950. Sa compagne Clara Schmidt était décédée précédemment à l’hôpital de Corbeil, le 30 juin 1940, à l’âge de 50 ans.

Bien entendu, il n'a aucun lien de parenté avec l'acteur humoriste bien connu.

 

Retrouvez un épisode de la vie de A. Colluche en cliquant ici.(peut-être une autre origine de sa cicatrice).

 

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André Chouard avant son départ

 

 

André Chouard avant son départ au front.

 

1914. Les fiancés se sont faits photographier avant le départ d'André pour le front.

Cet instant fut certainement trop bref pour ce jeune couple.

André ne reviendra pas de la guerre.

Il périra le 17 juillet 1918 à Cuperly dans le département de la Marne.

Permissionaire en visite

Les conditions de guerre sur le front sont très difficiles surtout pendant les périodes d'hiver. De temps en temps, une trève de quelques jours est accordée aux combattants qui peuvent ainsi revenir voir leurs proches. Certains ont dû en effet partir rapidement en laissant derrière eux femme et jeunes enfants.

 

1916- Le repos du guerrier 

Dans l'arrière-cour de la charcuterie située à l'angle de l'avenue Thérèse et Gonzalve (aujourd'hui Av. de Gaulle), un permissionnaire savoure une roulée de gris auprès de la famille Petit. 

Des nouvelles arrivent de temps en temps du front ...

Mais parfois malheureusement, elles ne sont pas bonnes du tout ...

Proposition de décoration militaire pour la section où servait le chargeur Jean Emile Bernard

Contribution à l'effort de guerre 

Un cantonnement est prévu sur la commune du Plessis-Trévise. Pour 1918, il est indiqué :

- Logement : cent lits sont disponibles en hiver pour le cantonnement,

- Cantonnement : les dépendances du château de La Lande peuvent accueillir une "compagnie de mitrailleuses au complet" mais elles sont peu confortables en hiver; l'usine des Faux-cols (en activité réduite voire à l'arrêt) peut également accueillir une compagnie. M. Petit (8 av. de Liège) peut héberger une section, M. Villequin (45, av. de Liège) deux sections, M. Héritier-Portebuel (av. Lefèvre) une section.

- Eau : disponible en suffisance pour les chevaux à la ferme Quirin (Ile Caroline).

Les champs cultivés sont souvent utilisés comme terrain d'exercice.

 

 

Préparation militaire dans les sociétés de gymnastique et de tirs

Avis d'expédition de grenades à la Société La Vaillante - 1918.

La société "La Vaillante" a été créée le 14 avril 1909 en tant que "Association de gymnastique, éducation et tir", sous la houlette du maire Jules Nivette.

Son président est le Capitaine Paul Baron, qui avait été gravement blessé à la guerre. Notons, parmi les membres du Conseil d'administration, des noms connus localement pour leur investissement dans la commune : Delacroix, Blancant & Kuntz (vice présidents), Guinard (Trésorier), Pentray (Trésorier adjoint), Van Hocke (Secrétaire), Coulomb (Secrétaire Adjoint), Passerat (Archiviste).

En 1915, La Vaillante compte 45 membres honoraires, 18 membres actifs et 16 pupilles. Elle est subventionnée à hauteur de 150 francs par la commune du Plessis-Trévise (sur un budget de l'ordre de 770 francs environ).

Cette année là, elle demande à devenir Société de Préparation Militaire et le 12 octobre 1915, elle reçoit l'agrément du Ministère de la Guerre après enquête de moralité auprès du Maire du Plessis-Trévise (Jules Nivette). 

 

La société fonctionnait 4 fois par semaine sous la direction du sergent Fleury, ancien élève de l'école de gymnastique de Joinville. Ses moyens étaient le stand de tir de Villiers-sur-Marne, les échelles de pompier, les portiques et agrès de gymnastique, 2 fusils de 1874 et un de 1886, des grenades (fausses) ainsi que la salle des fêtes.

 

Après la guerre, la société "La Vaillante" sera dissoute. Ceci est confirmé en 1929 par un courrier du maire du Plessis-Trévise adressé à la Préfecture de Seine et Oise.

 

*** La préparation militaire a été rendue obligatoire en 1916 pour les jeunes hommes valides à partir de 16 ans révolus et ils reçoivent cette préparation jusqu'à leur incorporation.

Pour plus d'infos, se reporter au menu 'Mémoire des Hommes", rubrique "La Vaillante".

"L'alerte" est une seconde société de "Préparation militaire, tambours et clairons" présente sur la commune du Plessis-Trévise à cette époque. Elle est déclarée au Journal Officiel en juin 1909 et reçoit l'agrément n° 7227 du Ministère de la Guerre, le 12 octobre 1915. 

Fin 1920, la société change de statuts avec prise d'effet le 24 févrrier 1921. Un courrier de la préfecture de Seine et Oise confirmera en 1928 que cette première société n'existe plus.

 

En 1924, le siège de l'Alerte est au 47, Avenue Ardouin. Elle est alors présidée par Georges Vilette et compte 53 membres honoraires, 19 membres actifs et 6 pupilles. Son budget est d'environ 900 francs de l'époque dont 150 francs provenant de subventions de la commune.

Elle participe chaque année à différents concours et obtient de bons résultats en se classant première ou deuxième. Son lieu d'entrainement est la salle de fêtes. 

 

1918 - La fin de la guerre et l'hommage rendu à nos "poilus"

L'armistice est signé le 11 novembre 1918 après 4 années d'une guerre qui a fait plus de 1,5 millions de morts en France et 4 à 5 fois plus au niveau mondial. La France sortira marquée de ce conflit.

 

La loi du 25 octobre 1919 « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre »  lance le grand projet d'un Livre d'or comprenant les noms de tous ces héros qui devait être déposé au Panthéon. Il revient au ministère des Pensions d'établir la liste des Morts pour la France de chaque commune. Difficile tâche, des écarts sont constatés avec la liste établie par le ministère de la Guerre en 1929 et avec les listes figurant sur les monuments aux morts érigés pour la plupart entre 1921 et 1925. La liste est finalement envoyée à chaque maire de France à charge pour eux de la contrôler et l'amender.

 

Les livres d'or sont finalement élaborés en décembre 1930. Longtemps méconnus, ils ont été mis récemment à disposition du public dans le cadre du centenaire de cette guerre. Pour la commune du Plessis-Trévise, la liste fait état de 26 habitants tombés sur les champs de bataille du Nord et Nord-est de la France (voir illustrations pour plus de détail). Mais sur le monument aux morts, ce sont 37 noms qui sont gravés...
Triste période pour une des familles du Plessis-Trévise qui verra deux frères y laisser leur vie en quelques semaines !

 

L'hommage rendu à nos "poilus"

Au lendemain de la guerre, la plupart des communes françaises édifient un monument aux morts. La loi du 25 octobre 1919, relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France, réglemente et encadre ces manifestations patriotiques. Le Plessis-Trévise ne saurait s’y soustraire.

 

Trois longues années se sont écoulées depuis la fin du conflit, avant que d’en arriver à ce jour d’inauguration du 11 novembre 1921. Il faut dire que les choses n’ont pas été d’elles-mêmes. Plusieurs points ont animé les débats. Tout d’abord, il fallait choisir un lieu. Les propositions vont bon train.

. Pour certains, un monument civique se doit d’être près de la mairie, dans la cour de l’école quand les bâtiments se confondent. C’est le cas au Plessis-Trévise, puisque la mairie se situe encore à cette époque dans le même bâtiment que l’école.

. Pour d’autres, la proximité de l’église serait plus judicieuse puisque sa fréquentation régulière constitue indirectement un hommage quasi permanent aux disparus.

Mais, finalement, la place Gambetta (renommée Verdun depuis peu), est retenue comme lieu d’édification du monument. L’environnement boisé, lieu de promenade, de rencontre ainsi que le terminus de l’omnibus venant de la gare de Villiers sur Marne, plaident en sa faveur. L’emplacement bénéficie, par ailleurs, de la longue perspective de la nouvelle avenue de Liège (actuelle avenue du Général de Gaulle) rendant le monument visible depuis la place du marché.

 

Cependant, en janvier 1921, une pétition circule, menée par le président des anciens combattants qui déplore la proximité d’un café-restaurant, lieu de bals, de cinéma, de plaisir de la jeunesse plesséenne et des parisiens. Le choix du cimetière, près des tombes des disparus, leur semble plus approprié. Ils n’obtiendront pas gain de cause.

 

 

Il faut ensuite décider du monument lui-même.

Ce sera une stèle en pierre de Lorraine dite Savonnière, surmontée d’un coq de la Victoire.

Agenouillée en façade, une femme, le bras levé, porte dans sa main un rameau d’olivier, symbole de paix. A ses pieds, deux fusils entrecroisés, recouverts d’un drapeau ainsi qu’un casque de Poilu.

Sur la face principale, on peut lire « Le Plessis-Trévise, à ses enfants morts pour la France 1914-1918», inscription surmontée d’une croix de guerre, en bas à droite, la mention : «Ils sont morts en héros».

Sur la face arrière, une palme funéraire honore les morts.

Les deux faces latérales portent gravé le nom des 37 disparus.

Le choix du statuaire se portera sur René Bristol, membre de la Société des Artistes français, médaillé du Salon de 1921, prix Bartholdi, prix d’encouragement du Conseil Général de la Seine. Le choix de ce monument riche en sculptures et en gravures explique son coût : 25 000 francs. Le devis du 15 octobre 1921 précise que le transport du monument d’un poids de 10 tonnes, depuis l’atelier du sculpteur, de Colombes jusqu’au Plessis-Trévise, nécessite plusieurs voyages par camions automobiles. Il faut alors de toute urgence, assurer le financement.

 

Dès août 1920, de nombreuses souscriptions sont ouvertes, des quêtes au profit de l’édification du monument ont lieu lors des mariages, des concerts, des bals, des banquets. Un Comité sous la présidence de Michel Bony, est constitué. Des tombolas, une vente aux enchères sont organisées et même les amendes infligées par le garde champêtre sont affectées au projet. Les pompiers, la Croix Rouge et bien sûr les anciens combattants mettent la main au porte-monnaie, même si les moyens sont modestes. Mais, hélas, toutes les sommes collectées ne sont pas suffisantes pour faire face à l’ensemble des travaux.

 

Le conseil municipal du 7 août 1921, sous la présidence du maire Joseph Belin, vote un emprunt à la Caisse départementale pour une durée de dix années et sollicite une subvention de l’Etat ou du Département. En effet, la loi du 25 octobre 1919 établit le principe de subventions de l’Etat aux communes « en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feraient en vue de glorifier les héros morts pour la patrie ». La loi de finance du 31 juillet 1920 fixe le montant de ces subventions suivant un barème très complexe, mais au total peu généreux. La subvention se transformera en une autorisation d’emprunt à contracter auprès du Crédit Foncier de France. Cela prend du temps et ne sera soumis à la délibération de la séance extraordinaire du conseil municipal que le 22 janvier 1922.

 

Malgré tout, l’inauguration du monument s’est faîte, semble-t-il, avec un certain faste : une tribune à gradins de 14 mètres sur 5 m 30 pouvant contenir 260 personnes, a été dressée et 20 places en banquettes sont recouvertes de velours. La tribune est décorée en façade d’un bandeau de velours frangé d’or, de rideaux aux poteaux avec embrase, d’une rampe de séparation de l’estrade officielle avec main courante en velours. Une bande tricolore de 2 mètres sur 10 recouvre le monument. De nombreuses personnalités assistent à cette inauguration. Un banquet de 42 couverts est organisé pour les officiels à l’hôtel-restaurant du Faisan doré.

Plus tard, en 1924, des artisans plessissois - Gabriet le serrurier, Mazaud le peintre, Deseine le jardinier - assureront au monument un encadrement fait d’une haie de troènes, de gravillons et d’une grille en fer forgé.

 

L'hommage ... toujours

Témoignage de cette époque par Claude Hamon.

Le monument est une simple colonne portant ces mots : “Plessis-Trévise à ses enfants morts pour la France”. Tous les enfants du Plessis morts de 1914 à 1918 y sont inscrits. Non loin  du monument, se trouve le cimetière où dorment tous nos ancêtres. Il est petit et bien entretenu, beaucoup de pierre tombales sont semblables (du moins pour les soldats morts pour la Patrie).

 

11 novembre 1952 - Commémoration

Le 11 novembre 1952, partant de l’école, les enfants, en compagnie de leur instituteur M Roussillon, de leurs institutrices, Mmes Salmon et Maillot, se rendent au Monument aux Morts, place Gambetta.

 

Bien des années plus tard, la cérémonie du 11 novembre 1918 est organisée selon un protocole similaire : défilé entre l'église et le cimetière avec des arrêts à l'Ecole du Centre puis Place de Verdun, arrêts ponctués de discours des officiels, de dépôts de gerbes et de chants des enfants des écoles. 

2011 - Place de Verdun - Commémoration du 11 novembre.
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