3 noms mais une seule place
Au fil de sa courte histoire, cette place a en effet connu successivement tois appellations : D'abord « place de l’église » puis « place Gambetta » et enfin « Place de Verdun ». Dans cette longue page détaillée, vous pourrez découvrir son origine, assister à la recherche de la première construction et de ses premiers habitants, vivre ou revivre son évolution dans le temps...
Une histoire de place
Par décision du conseil municipal du 26 mars 2003, cette place a été rebaptisée du nom de la ville de Verdun, capitale mondiale de la Paix. Cette appellation fait écho au monument érigé en son centre, en mémoire des morts de la Grande Guerre 1914-1918, puis par la suite, à la mémoire des disparus de toutes les guerres du 20e siècle.
Son origine et sa dénomination remontent cependant bien avant. Le rachat en 1857, du domaine des Mortier, par Jean Augustin Ardouin marque le début d’une période intense d’opérations de vente/achat de terrains. C’est dans ce cadre que Louis Chéret, entrepreneur en plomberie résidant à Paris, acquiert de nombreux terrains situés dans cette partie du domaine relevant alors de la commune de la Queue-en-Brie. Gonzalve Eustache est très actif sur différents secteurs de la commune, achetant et revendant de nombreux terrains (cf. Article sur l’avenue Gonzalve).
En 1859, Gonzalve Eustache rachète à Louis Chéret, une grande parcelle aux angles arrondis. L'une des conditions émises par Louis Chéret était que celle-ci reste à destination d’une place publique, sans qu’aucun établissement ou industrie insalubre puisse y être installé.
Le 26 avril 1861, Gonzalve Eustache fait une donation des avenues et places qui lui appartiennent aux communes de Villiers-sur-Marne, La Queue-en-Brie et Chennevières-sur-Marne en fonction du secteur géographiques sur lequel elles sont situées. La parcelle susmentionnée fait partie de ce don que le conseil municipal de La Queue-en-Brie accepte.
A cette époque, cette parcelle de 1 665 m² est « traversée » dans le sens de sa longueur par l’avenue Gonzalve (aujourd’hui, une partie de l’avenue Gonzalve a été renommée avenue de Liège ensuite renommée avenue du Général de Gaulle) et dans le sens de la largeur par l’avenue Chéret.
Ces avenues ont très probablement été renommées par Gonzalve Eustache, celles-ci étant d’origine plus ancienne puisque déjà visibles et d’appellation différentes sur les anciens plans. Ainsi ces voies sont dénommées ainsi sur le plan de Troussu en date de 1762 :
- « avenue Gonzalve » anciennement dénommée « allée des Amballais »
- « avenue Chéret » anciennement dénommée « allée Blanche » et reliant les bois St Martin aux potager et verger du château de Plessis-Saint-Antoine.
En respect au souhait du donateur, il est alors envisagé de construire, sur ladite place, une église dédiée à Saint-Eugène. Cette parcelle prendra alors peu à peu le nom de Place de l’église.
L’avenir en décidera cependant autrement. Les habitants du hameau du Plessis-Trévise sont alors engagés dans des démarches visant à obtenir la construction d’une école et aussi d’une église voire d’une simple chapelle. Ce n’est pas chose aisée car le hameau est réparti sur les trois communes qui ont bien du mal à s’accorder. Et, finalement, le 25 juin 1881, c’est la première pierre de l’église Saint-Jean-Baptiste qui est posée… avenue Ardouin, à son emplacement actuel.
La place de l’église conservera cependant son nom pendant plusieurs décennies.
En 1916, le conseil municipal du Plessis-Trévise décide de changer son nom et de l’appeler dorénavant « place Gambetta » du nom de l’avocat et homme politique français Léon Gambetta. Ce nom est resté très longtemps idans la mémoire des plesséens.
Puis, en 2023, le conseil municipal décidera de la renommer en « place de Verdun ».
A la recherche des premiers habitants
La première construction semble remonter aux environs de 1866, ce qui en ferait un des plus vieux bâtiments du Plessis-Trévise (hormis les châteaux aujourd’hui démolis). Cette construction qui n’a pourtant rien d’exceptionnel au plan de son architecture est encore visible. Pas si simple à démontrer et un doute subsiste !
Explications de l'auteur : La reconstitution de l’historique des constructions à cette période basée sur les matrices cadastrales est une opération compliquée d’autant plus que les numéros de parcelles ont changé dans le temps et que les plans d’époque actuellement disponibles présentant les parcelles cadastrales ne correspondent pas tout-à-fait aux références des parcelles mentionnées dans les matrices consultées. Les recensements de population et leur caractère nominatif sont une aide bien précieuse sauf qu’avant 1881, les habitants sont répertoriés globalement dans le « Hameau du Plessis-Trévise ». Avec un peu de chance, il est possible de les retrouver dans les recensements suivants qui classent les habitants par nom d’avenue (en supposant qu’ils n’ont pas déménagé entre-temps. Autre difficulté inhérente aux recensements de cette période : soit les habitants recensés peuvent ne pas être les propriétaires des habitations et il est impossible de les retrouver dans les matrices cadastrales, soit les propriétaires résident à Paris et figurent donc dans la matrice des propriétés mais bien souvent ils ne sont pas recensés compliquant ainsi le travail de recherche. Concernant les anciens habitants, c’est à un véritable travail de généalogie qu’il faut se consacrer avec ses lacunes comme ses bonnes trouvailles. C’est pourquoi dans certains cas, il nous est difficile d’être précis voire exact en espérant des trouvailles heureuses dans les prochaines années.
Cette place a longtemps été associée aux familles Laugaudin (tenancier du café-restaurant et agriculteur à la ferme) qui résidait et travaillait en bordure de celle-ci. Or, Louis Nicolas Laugaudin (agriculteur) et sa famille résident jusqu’au moins en 1872 à Croissy-Beaubourg, ce qui est attesté par le recensement de cette date. Ce n’est qu’à partir du recensement de 1876 que le nom de Laugaudin apparait en tant que résidant au hameau de Plessis-Trévise.
Alors pourquoi cette date de 1866 ? Quels sont les éléments à notre disposition ?
Le recensement de 1866 de La Queue-en-Brie mentionne un couple vivant au hameau du Plessis-Trévise dont le mari est marchand de vins. A cette date, la probabilité qu’ils résident sur la place de l’église est forte. Les personnes identifiées sont Auguste Caudron et sa femme Catherine This. Ils ont un fils Pierre Augstin.
Au recensement suivant de 1872, Catherine This est présente mais vit avec Ferdinand Robert (son mari Auguste Caudron est décédé en 1868 et elle s’est remariée en 1869).
Nous notons un élément intéressant à savoir que l’un des témoins de la mariée est Louis Laugaudin, agriculteur à la Queue-en-Brie. Cette indication est troublante car elle indique que Louis Laugaudin aurait été présent à la Queue-en-Brie dès 1869 alors que selon le RGP de 1872 ; il vit à Croissy-Beaubourg ! Louis Laugaudin était-il agriculteur sur deux fermes ?
D’après le recensement de 1876, la famille Robert/This est toujours présente dans le hameau mais il est toujours impossible de les localiser précisément.
Information nouvelle : la présence de Louis Nicolas Laugaudin (parfois prénommé Auguste), agriculteur avec sa femme Prudence et ses 3 enfants : Auguste l’ainé, Marie la cadette et Eugène le benjamin.
La famille Laugaudin est-elle venue s’installer ici à coté de Mme This, de par la relation amicale existante entre Mme This et Louis Laugaudin ?
Sur le recensement de 1881, la famille Robert/This ne figure plus. Deux raisons à cela : Ferdinand Robert est décédé en 1876 et Augustin, le fils de Catherine This est quant à lui décédé deux ans plus tard en 1878. Catherine This se retrouve seule et nous perdons sa trace (pas retrouvé dans les actes de décès sur la Queue-en-Brie).
Sur l’acte de décès de Ferdinand Robert, il est mentionné que Catherine, sa femme est marchande de vins. Ce recensement de 1881 apporte un autre élément intéressant dans le fait que Auguste Laugaudin, le fils ainé de Louis Laugaudin agriculteur (témoin du mariage de Catherine This) ne vit plus à la ferme mais avec sa femme Suzanne Pappens qui est déclarée comme marchande de vins.
Notre hypothèse est que Suzanne Pappens a repris l’activité de Catherine This, marchande de vins.
Ce fait parait d’autant plus logique qu’en analysant le registre des propriétés foncières de la Queue en Brie sur cette période, une fiche est retrouvée. Cette fiche mentionne que Auguste Caudron est propriétaire dans les années 1870 d’une maison et de bois sur la parcelle cadastrale 116b. Plus tard, Auguste Laugaudin sera le propriétaire de cette même parcelle.
Arrêtons-nous sur une information qui a probablement sa part de vérité. Sur la façade du bâtiment, figurait un écusson indiquant « maison fondée en 1866 ». Quelques années plus tard, la date a été modifiée en 1880. A quoi peuvent donc correspondre ces dates si ce n’est à une année de construction ou d’ouverture d’un établissement ?
De là à penser que le bâtiment a été construit par Auguste Caudron en 1866, cela parait probable, que ce soit la date d’ouverture de son commerce de marchand de vins aussi. En effet, sur le recensement de 1861, il est noté manouvrier comme profession. Ce n’est que sur le recensement de 1866 qu’il apparait comme marchand de vins. Mais alors à quoi correspond cette date de 1880 ? une hypothèse serait de dire qu’elle correspond au départ de Mme This et à l’arrivée de Auguste Laugaudin. A ce stade, rien ne permet de l’affirmer.
Cette dernière hypothèse pourrait fort bien être remise en question par une matrice cadastrale au nom de Louis Chéret. Celle-ci fait mention d’une construction d’une maison existante en 1865 sur la parcelle 116b, la même que celle dont seront propriétaires Auguste Caudron et Auguste Laugaudin ! Ainsi serait-ce M Chéret qui aurait fait construire ? Seules certitudes :
1) Louis Chéret n’a pas vendu à Auguste Caudron ou à Auguste Laugaudin mais à un tiers dont le nom n’est pas encore identifié ! cet acheteur est-il le constructeur.
2) La parcelle 116b est une très grande parcelle et il existe des constructions de chaque côté de l’ancien café.
Impossible à ce stade de dire d’établir un lien entre un des bâtiments et ses propriétaires, la maille étant la parcelle et l’hypothèse d’une construction par Auguste Caudron semble à privilégier.
La place et ses contructions au début du siècle
Au début et jusque dans les années 1904-1905, le bâtiment principal était composé de deux niveaux : un rez-de-chaussée utilisé pour l’activité de « marchand de vins » (autrement dit un lieu de convivialité et de commerce de vins et de boissons) et un étage probablement pour le lieu de vie de la famille.
Son appellation « A la station de l’omnibus » provient du fait que depuis la création de la gare de Villiers en 1857, la place et donc le café constituaient la fin de parcours de la « patache », omnibus à chevaux assurant le service des voyageurs entre Villiers-sur-Marne et Le Trévise-Plessis.
Sur la droite de la seconde carte postale, on aperçoit les batiments de la ferme Laugaudin.
La ferme fait l'objet d'un article distinct. Pour en savoir plus, cliquer ici.
Le bâtiment principal sera modifié dans les années 1905-1906 par l’ajout d’un second niveau et des aménagements seront effectués au fil du temps sur les constructions annexes en fonction de leur utilisation.
ci-dessous - La première carte présente la place de l'église en direction du centre ville. Le cliché date de l’automne 1904, le garde champêtre, en tenue avec son tambour, est en grande discussion.
La seconde carte, toujours prise dans la même direction, montre, à droite, le mur cernant la propriété de M.Tajar et de Mme Pappens. Cette dernière est la sœur de Suzanne Pappens, marchande de vins, épouse de Auguste Laugaudin maçon.
Ci-après - La première carte postale présente la place en 1908, vue en direction du café – restaurant. Sur la gauche, le grand mur de la propriété de M. Tajar et Mme Pappens.
La seconde carte date de 1920 environ. Un haut mur de briques a été construit le long de la place en bordure de la ferme. Il y restera jusque dans les années 1980. En arrière-plan, le haut mur blanc visible sur la carte de 1904 a été démoli et une ouverture a été pratiquée dans l’angle. De nos jours c’est l’entrée du parc Buffon créé à la fin des années 2000.
Vue de la place Gambetta (source IGN, cliché 1933 - premier cliché aérien de ce secteur).
Les lieux ont peu changé depuis le début 1900. On distingue assez facilement la place de l’église/Gambetta, l’avenue Chéret et l’avenue Gonzalve/Liège qui la traversent. On remarque également les différents bâtiments de la ferme et du café. A droite de ceux-ci, c’est la propriété des Tajar/Pappens avec sa villa et un petit étang entouré d’arbres. Ce dernier sera désigné sur certaines cartes postales sous le nom de mare aux grenouilles.
A partir de ce cliché, on imagine alors aisément ces lieux à la fin des années 1800/début des années 1900 comme un ilot habité perdu au milieu des bois.
Mare aux grenouilles :
La pêche aux grenouilles était une activité très répandue au 20e siècle et, pas seulement à Plessis-Trévise. L’histoire ne dit pas si l’on dégustait les cuisses de grenouilles au restaurant
Laugaudin. Quoique !
Notons aussi que cette "mare" était aussi utilisée pour laver le linge.
Quelques mots sur la ferme
Louis Laugaudin arrive de Croissy-Beaubourg entre 1872 et 1876 (son fils Auguste est recensé en 1874 dans cette commune) et s’installe à côté du café à l’angle des avenues Chéret et Gonzalve.
Nous n’avons pas connaissance de l’existence, sur ce lieu et avant cette date, de bâtiment voire d’embryon de ferme et de ce fait, pensons que c’est Auguste Laugaudin qui a créé « la ferme de la place de l’église » et qui l’exploitera ensuite pendant environ trois décennies. A la fin des années 1900, il quitte Le Plessis-Trévise et s’installe à Nogent sur Marne. Son second fils Eugène reprend la suite jusque dans les années 1914-18. L’activité principale consistait en l’élevage de vaches laitières qui paissaient librement sur la place.
Sur la droite des cartes ci-desous, les batiments de la ferme sont visibles à différentes époques.
Auguste Laugaudin : de maçon à marchand de vins/cabaretier
Auguste, le premier fils de Louis Laugaudin, était maçon à son arrivée au hameau du Plessis-Trévise puis il créa une petite entreprise de maçonnerie implantée à gauche du café. En 1879, il se marie à Pontault-Combault avec Suzanne Pappens qui va alors assurer l'activité de marchande de vins.
De cette union naitront 5 enfants dont deux décèderont en bas âge et un des suites de la grande guerre : François (1873-1876), Albert (1880-1919), Arsène (1883-1883), Georges (1887-1968) et Madeleine (1895-1981). Suzanne décède en 1897, la plus jeune a alors 2 ans.
Auguste délaisse alors la maçonnerie, se remarie en 1901 avec Léontine Lagneau, se consacrant désormais aux activités de cabaretier et ce, pendant une dizaine d’années avant de se retirer route du Plessis à Villiers-sur-Marne. Il décède en 1928 à Villiers-sur-Marne.
Son activité au Plessis-Trévise sera reprise par sa fille Madeleine et son gendre Brennus Hugues.
Clin d’œil :
Le 7 août 1881, le curé de la Queue-en-Brie célèbre le baptême de deux enfants dans la toute nouvelle chapelle du hameau de Plessis-trévise, avenue Ardouin. L’un des deux n’est autre que le fils de Auguste Laugaudin, Albert Eugène Laugaudin. Le même jour, la cloche « Eleonore-Frédéric » du nom de ses parrain et marraine est également baptisée. Le jeune Albert recevra comme prénom de baptême Frédéric, prénom qui apparait sur certains documents.
Ainsi va l’histoire, baptisant dans la chapelle Saint-Hilaire un enfant résidant place de l’église destinée à la construction de l’église Saint-Eugène !
Après la première guerre mondiale, le « café » changera d’enseigne à de nombreuses reprises proposant de nouvelles activités : restaurant, salle de bal, salle de cinéma ambulant, et enfin hôtel.
Bellot succède à Hugues Quelques noms de sucesseurs à Hugues:
- Bellot
- 1924 : Coquillat
- 1925 : Gallais1924