et Portrait de Etienne Gonzalve EUSTACHE
Histoire d'avenue
L'appelation "Avenue Gonzalve" apparait pour la première fois en 1861 dans l'acte de donation par Gonzalve Eustache aux communes de Villiers-sur-Marne, La Queue-en-Brie et Chennevières-sur-Marne. (Rappelons que la commune du Plessis-Trévise ne sera officiellement crée qu'en 1899 par prélèvement de territoire de ces 3 communes).
Nous reviendrons en seconde partie de cet article sur les opérations immobilières de Gonzalve Eustache.
Dans cet acte, Gonzalve Eustache fait don à ces 3 communes de la plupart des avenues que nous connaissons aujourd'hui et qui ont pour la plupart conservé leur nom de 1863 ainsi que d'une parcelle de terrain destinée à un usage public et notamment à la construction d'une église. Cette parcelle sera dénommée "Place de l'Eglise" puis renommée "Place Gambetta" et enfin "Place de Verdun". Un article sera dédié à l'histoire de cette parcelle.
L'avenue Gonzalve fut pendant de nombreuses années une des avenues la plus longue du Plessis-Trévise.
A son origine en 1861, elle s'étirait de La Place des Fêtes (Place du Marché), traversait la Place de l'église (Place de Verdun) et aboutissait au chemin de Villiers à Combault (chemin piétonnier).
A la fin de la première guerre mondiale 1914-1918, elle est renommée Avenue de Liège sur la partie située entre La Place des fêtes et la Place de L'Eglise (actuelle Place Verdun) en souvenir de la résistance de la ville belge face à l'invasion allemande. L'avenue Gonzalve est dès lors limitée à la partie au-delà de la place de l'Eglise/Gambetta/Verdun.
Le 28 octobre 1944, le conseil de délibération adpote une nouvelle dénomination pour l'avenue de Liège qui devient l'avenue du Général de Gaulle. L'avenue Gonzalve n'est pas impactée.
Note 1 :
Avant la création de la commune du Plessis-Trévise en 1899, l'actuelle avenue St-Pierre séparait la commune de Villiers-sur-Marne et la commune de la Queue-en-Brie.
Sur le plan du domaine Mortier établi en 1815 peu après l'arrivée du Maréchal, il n'existe pas de voie entre la place des fêtes et l'avenue St-Pierre correspondant au tracé de l'avenue Gonzalve/Liège/De Gaulle.
Par contre, dans son acte de donation, Gonzalve Eustache mentionne bien ce tronçon qu'il dénomme "Ancienne avenue du Maréchal". Cette voie aboutit en face de l'avenue des Amballets située sur la commune de la Queue-en-Brie. Le maréchal Mortier aurait-il fait réaliser cette voie de son vivant, ce qui lui perrmettait de relier le Château de La Lande au Plessis-Saint-Antoine (dont il était également le propriétaire) sachant qu'il pouvait également passer par l'avenue des peupliers (actuelle avenue Ardouin") ? le nom de Avenue du Maréchal n'est pas sans rappeler l'avenue de la Maréchale (autre voie passant de l'autre coté du grand canal).
Note 2 :
Comme il est précisé dans la partie suivante, l'avenue Gonzalve a été appelée en référence au prénom Gonzalve et non de son nom EUSTACHE. ce fait étrange, nous ne savons en préciser la raison mais avons constaté dans les différents documents en notre possesion qu'il était parfois nommé M. Gonzalve.
En 1881, l'avenue Gonzalve est encore peu peuplée sur la section dépendante de Villiers-sur-Marne (6 habitants), beaucoup plus sur la section dépendante de La Queue-en-Brie (72 habitants) - donc au-delà de l'avenue St Pierre - principalement autour de la place de l'Eglise (Gambetta/Verdun).
En 1896, peu avant la création de la commune, le nombre d'habitants est passé de 6 à 62 sur la partie Villiers et de 72 à 89 sur la partie Queue-en-Brie soit un total de 152 habitants pour l'ensemble de l'avenue en 1896.
Par comparaison, en 1881, l'avenue Ardouin compte 59 habitants (47 sur Villiers et 12 sur la Queue-en-Brie), 91 habitants en 1896 (82 sur Villiers et 9 sur la Queue-en-Brie) et 95 habitants en 1901.
Cela démontre bien le dynamisme de développement de l'avenue Gonzalve, dynamisme qui se poursuivra durant au moins la première moitié du 20e siècle.
Cette avenue va dès lors constituer l'axe de vie du village.
En 1885, après bien des vicissitudes, la première école est construite dans l’avenue qui porte le patronyme de son généreux donateur.
1899, le hameau obtient son indépendance, le bâtiment hébergera alors en sus de l’école, la mairie puis plus tard la poste. M. et Mme Curot les premiers instituteurs logent dans le batiment.
L’épicerie-quincaillerie, mercerie, graineterie, verrerie, charbons Deltour, créée dès 1885, est en quelque sorte l’ancêtre de notre supermarché actuel. L’on y trouve tout le nécessaire mais aussi le superflu que l’on a commandé aux Grands Magasins parisiens voire même les médicaments livrés par la pharmacie de Villiers.
Villas bourgeoises, cafés, guinguettes et commerces s’y installent. Aux beaux jours, on danse sous la tonnelle « chez Montpellier ». Entre deux parties de billard, on se restaure « Chez l’ami Lucien » où « l’on reçoit avec ses provisions ».
En 1901, la boucherie située au départ de l’avenue ainsi que la charcuterie à l’angle de l’avenue Thérèse sont déjà en place. A proximité, la maison Petit, diligences et fiacres, assure les déplacements entre la Gare de Villiers-sur-Marne et le Plessis-Trévise. Une entreprise de maçonnerie est présente. On dénombre
Autour de la Place de l'Eglise, sont installés un entrepreneur de maçonnerie (Auguiste Laugaudin), un mrchand de vins (Alphonse Moret). On note également la présence d'une ferme (Eugène Laugaudin).
Etienne Gonzalve Eustache : 3 prénoms pour un nom
Jusqu'à la préparation de cet article, nous n'avions que peu d'informations sur "Gonzalve". Nous avions une copie de l'acte de donation déjà cité et quelques informations sur des actes notariés entre 1857 et 1861 où il était mentionné comme clerc de notaire, résidant à Paris. Mais qui était donc vraiment Gonzalve ? Pourquoi s'était-il interessé à notre territoire ?
Les recherches se révélèrent compliquées, par manque d'informations sur les sites des différentes archives nationales et dépatementales ainsi que sur les sites de généalogie. Un acte de mariage au nom de Eustache et prénoms Etienne Gonzalve nous emmena dans le sud de la France donc loin de notre territoire de Villiers ou du Plessis. Finalement les liens s'établirent et confirmèrent qu'il s'agissait bien de la personne recherchée mais sans que toutefois nous ne puissions apporter de conclusion sur le lieu et la date de décès de Gonzalve....
Selon des écrits de la Société Historique de Villiers-sur-Marne, il aurait été conseiller municpal de cette ville en 1879 et y aurait résidé, ce que nous n'avons pu vérifier. Des éléments futurs encore méconnus nous permettront peut-etre de résoudre cette énigme...
Etienne Gonzalve EUSTACHE est né en 1818 à Gigean, commune de l'Hérault. EUSTACHE est le nom de famille, Gonzalve le second prénom. Son père est aubergiste et il aura 3 frères et soeurs dont 2 décéderont en bas age.
Le nom de Gonzalve Eustache apparait dans les archives notariales de Paris à partir de 1857 où il est indiqué "clerc de notaire" comme profession et qu'il vit à Paris à différentes adresses. Fin 1859, un acte mentionne que Caroline Carben se porte caution de Etienne Gonzalve Eustache. Cette mention est particulièrement interessante.
En effet, il s'avère que en 1852, nait Hippolyte Claire Eustache fille de Etienne Gonzalve Eustache et Caroline Carben.
Caroline Carben est alors une artiste dramatique qui joue dans de nombreuses comédies de l'époque avec un certain succès selon les articles retrouvés. Elle est alors connue sous le nom de scène de "LEONTINE".
1857 - Jean Augustin Ardouin rachète le vaste domaine aux héritiers Mortier. Celui-ci entreprend alors de le revendre par lots. C'est alors que Gonzalve Eustache fait l'acquisition de terrains et des voies qui les desservent.
1859 : il s'associe avec Ardouin pour fonder "La compagnie immobilière pour la vente des terrains de l'Est", celle-ci sera dissoute quelques années plus tard sans que l'on ne sache quel a été son rôle dans la vente des terrains au Plessis-Trévise. A compter de cette date, il revend les terrains qu'il a achetés.
1860 - Gonzalve Eustache fait face au plaignant M. Hemery devant la Première Chambre du Tribunal de Grande Instance de la Seine. Ce différend concerne un marché d'empierrement d'un certain nombre d'avenues passé par Gonzalve Eustache auprès de M.Hemery. Non seulement ce dernier n'obtienda pas gain de cause mais il devra compléter en hauteru l'empierrement des voies qu'il n'avait pas respecté et qui au bout de 6 mois s'étaient complètement dégradées (source : Note pour M. Gonzalve Eustache contre M. Hemery : à Messieurs les présidents et juges composant la Première Chambre du Tribunal de Grande Instance de la Seine. )
1861 - Gonzalve Eustache fait don aux communes de Villiers-sur-Marne, La-Quue-en-Brie et Chennevières-sur-Marne de nombreuses voies (avenues et/ou chemins) et de la parcelle de ce qui deviendra la Place de L'église, parcelle qu'il avait acquise précédemment de Louis Cheret, industriel en plomberie (qu'il avait lui-même acquis de J.A.A Ardouin avec d'autres terrains) sous condition d'en faire un lieu destiné au public.
1869 - Etienne Gonzalve Eustache et Caroline Carben se marie à Marseille. Ils déclarent chacun une adresse dans la ville. Leur fille est alors agée de 17 ans et figure sur l'acte de mariage en tant qu'enfant légitime.
Il semble donc que Gonzalve a quitté la région parisienne. D'ailleurs on ne retrouve plus de document en son nom après sa donation.
1869- Quelques mois après leur mariage, leur fille Claire Hippolyte décède à Montpellier.
1871- Caroline Carben dècède à Méze où la famille a de nouveau déménagé. Cette petite ville portuaire est situé à une dizaine de kilomètre de Gigean, la ville natale de Gonzalve Eustache (Herault).
1872- Gonzalve Eustache fait un don de 50 francs dans le cadre d’une souscription nationale par les dames de l’œuvre de Ste Elizabeth de Reze. Information publiée dans un article listant les personnes faisant des donations à Mèze. C'est une somme assez importante pour l'époque et au regard des autres donateurs dont le montant est en centimes.
1874- Gonzalve Eustache est nommé officiellement maire adjoint de Mèze (Hérault) prouvant son investissement local. Il le restera au moins jusqu'à fin 1875 (en témoigne son nom sur les compte-rendus de conseils municipaux de Mèze).
1879- La Société Historique de Villiers-sur-Marne mentionne dans son bulletin de 19 xx que Gonzalve Eustache est devenu Conseiller Municipal de Villiers-sur-Marne, qu'il réside dans cette ville et qu'il aurait demandé la nomination des voies de Villiers-sur-Marne lors d'un des Conseils Municipaux de 1879. cela vient en contradiction (?) avec le fait qu'on retrouve son nom dans l'annuaire commercial et maritime du port de Sète jusqu'en 1879 dans la rubrique "Agent d'Affaires" . Erreur de mise à jour de l'annuaire, double activité ?
A ce stade, aucune information prouvant son passage dans la ville de Villiers n'a pu être confirmée. Son nom ne figure pas dans les recensements de population entre 1860 et 1900 ni sur les listes électorales, Quant aux compte-rendus de conseils municipaux de 1879, leur consultation est en attente d'autorisation du service des Archives de la Mairie à la date de publication de cet article.
Notes :
Après 1879, une voie de Villers-sur-Marne a effectivement pris le nom de "Boulevard Gonzalve". Celui a depuis été renommé Boulevard de Strasbourg.
Il est également mentionné dans le bulletin de la Société Historique de 19xx que Gonzalve aurait "percé" la rue de la Station en 1959 (actuelle rue Louis Lenoir), la gare ayant été ouverte au service des voyageurs le 9 février 1857. Cette information porte à question sur la façon dont Gonzalve aurait pratiqué cette opération
Fin de l'histoire ?
Gonzalve Eustache n'a semble-t-il eu qu'un seul enfant, sa fille claire décédée à 17 ans. Il ne laisse donc derrière lui aucun descendant.
Quant à lui, nous ignorons dans quelle ville il est décédé et à quelle date malgré nos recherches à Mèze, Gigean ou encore en région parisienne à Paris ou à Villiers-sur-Marne.
Encore un mystère qu'avec le temps nous éclaircirons peut-être ....