2. La Lande : du Prince de Conti au Maréchal Mortier

(Fin XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle)

Prince de Conti

Louis François Joseph de Bourbon est né à Paris, le 1er septembre 1734. Prince de sang, descendant direct de Saint-Louis, il sera le sixième et dernier Prince de Conti en titre.

 

Malgré une succession fort obérée par les dépenses folles de son père, le Prince de Conti fait en 1776, l’acquisition du domaine de La Lande, conjointement à celui du Plessis-Saint-Antoine et aux terres des Amballais.

 

Le 18 juillet 1789, devant le coup de force des bandes révolutionnaires, il s'enfuit de France pour n'y revenir que l'année suivante. Le 15 octobre 1792, devant la municipalité de Villiers-sur-Marne, il prête serment de garantir liberté et égalité et s'installe en son château de La Lande, jusqu' en avril 1793, date à laquelle il est arrêté et emmené au fort Saint- Jean à Marseille.

 

Il sera libéré le 25 juin 1794 et réintégrera son château de La Lande, le 17 août 1795. L'accalmie sera de courte durée. En septembre 1797, la loi sur la déportation frappant l'ensemble des membres de la Maison de Bourbon, fera qu'il sera dépossédé définitivement de ses biens et conduit à la frontière espagnole. Il décédera à Barcelone le 10 août 1814.

(Pour compléments, se reporter à Portraits)

Domaine à vendre

L'histoire du château de La Lande s'entremêle avec la vie du Prince de Conti

 

En 1790, le domaine est saisi et devient bien national. En juillet 1792, il est en vente au Tribunal de Corbeil avec une mise à prix de 200 000 francs comme l'atteste une annonce parue dans le Journal Officiel du 15 mai 1792.

 

 Le Prince Conti occupera le château durant  cette période.

 

En 1793-1794, La Commission des Transports Militaires envisage d'y établir une infirmerie pour ses chevaux. Puis, s'en suit une période durant laquelle, les meubles et l'argenterie sont retirés.

  

En 1794, le comité de Salut Public ordonne à plusieurs communes dont celle de Villiers-sur-Marne dont dépend Le Plessis-Lalande, de consacrer 30 arpents de terre pour la culture d'escourgeons, afin de contribuer à la nourriture des chevaux de la République. 

 [Source : Recueil des actes du Comité de Salut Public, par F.A. Aulard - Tome 18ième - 7 novembre au 20 décembre 1794. Paris - Imprimerie Nationale - MDCCCCVIII.]

 

En mai 1795, le Comité de Salut Public accorde à la Commission des Transports, Postes et Messageries, les châteaux, parcs et dépendances du Plessis-Saint-Antoine et de La Lande, afin d'y installer l'infirmerie pour chevaux. Il semblerait toutefois que celle-ci n'est jamais été mise en place.

 

Au printemps 1795, la présence d'un haras au Plessis-La Lande, commune de Villiers-sur-Marne, est mentionnée. Sa véritable localisation pourrait bien être à la ferme du Plessis-Saint-Antoine (?).

[Source : Recueil des actes du Comité de Salut Public, par F.A. Aulard - Tome XXIIème - 12 avril 1795 au 8 mai 1795. - Paris - Imprimerie Nationale - MDCCCCXII]

 

 

Recueil des actes du comité de Salut Public Période du 17 novembre au 20 décembre 1794.
Extraits du Recueil des actes du comité de Salut Public - Période du 12 avril au 9 mai 1795.

Le  15 août 1795, le Prince de Conti, à nouveau libre, retrouve sa terre de La Lande pour quelques années, c'est-à-dire jusqu'à son bannissement en septembre 1797 et son exil forcé en Espagne.

 

Le 1er janvier 1798, le domaine est vendu au citoyen Gobert pour 7 005 francs. En février de la même année, ce sont les effets et le mobilier du prince qui sont vendus. En mars, ce sont les livres, non restitués au prince, qui sont enlevés de la bibliothèque du château (plus de 1200). Les 24 glaces du château sont, elles, estimées à 7 807 francs, soit plus que la valeur d'achat du château lui-même !

 

En 1805, Ferdinand Désiré et Louis Théodore de Crécy achètent le domaine et en restent propriétaires quelques années avant de le revendre, en 1807, à Louis Pierlot, Receveur Général des Finances.

Description du domaine en 1810 (relevé cadastral)

Domaine La lande 1810 - cadastre Villiers sur Marne

 

Le domaine consiste premièrement en un château et parc appelé le Petit Lalande dont la principale entrée est fermée sur le nord, d’une grille en fer à deux ventaux ornée de pilastres et d’un couronnement . Ensuite, est une grande cour divisée en quatre carrés de gazon, par deux chaussées engrais ;

. En face de cette cour se présente le principal corps de bâtiment entouré de quatre sens, de larges fossés revêtus de maçonnerie et dont l’entrée est défendue par deux pont-levis en charpente, garnies de leurs bascules chaînes et verrouillage.

. Ce bâtiment est formé de trois pavillons : celui du milieu fait arrière corps et les deux autres aux extrémités sont en saillie. Le pavillon du milieu est élevé d’un rez-de-chaussée, premier et deuxième étage carrés et les deux en avant-corps consistent en rez-de-chaussée premier étage carré et le deuxième en mansarde.

Tous les objets ci-dessus désignés couvrent une superficie de 1227 ares 43 mètres correspondant à 29 arpents 10 perches (soit approximativement13 ha)

 

Le domaine comprend deuxièmement, le Grand Parc de Lalande auquel on communique par le petit parc ci-dessus qui est séparé par un pâtis en planches et un mur. Une partie de ce parc est planté en bois, l’autre partie est en terre labourable affermée ainsi que celles du parc de Plessis Saint-Antoine ci-après, par bail commencé à la saint Martin d’hiver dernier, lequel a été représenté à l’administration par le citoyen Garneron au profit duquel il a été passé par Louis François Joseph Bourbon, sous signature privée à la date du 15 fructidor an V, mais qui n’est point reconnu par elle comme obligatoire, attendu qu’il n’a pas été soumis à la formalité de l’enregistrement avant la loi qui a ordonné la déportation de Louis-François-Joseph de Bourbon-Conti et la confiscation de ses biens.

 

Dans l’angle de la cour verte, à gauche en entrant, est un bâtiment servant de logement d’un garde.

De la première cour, on communique à une seconde dans laquelle sont deux bâtiments à usage de basse-cour.

Aux deux extrémités de la seconde cour, sont deux grilles en fer chacune à deux vantaux,, l’une est du côté de la première cour et l’autre dans le mur qui sépare la seconde cour d’avec un potager, planté d’arbres fruitiers et dans lequel est un puits.

 

A l’autre angle de la cour verte, à droite en entrant, est un logement de portier, au dessous duquel, est une serre et un fruitier, ayant assise sur un second potager, aussi planté d’arbres fruitiers et renfermant des bassins alimentés par l’eau des fossés. Le captage est fermé par une grille en fer à deux vantaux, au devant de la grille est un perron en pierre.

Entre l’angle du fossé et le mur séparant ce second potager d’avec la cour verte et  un autre mur en retour qui sépare le parc d’avec ledit potager, sont deux grilles en fer de chacune vingt pieds, ouvrantes à deux vantaux.

 

Le Petit Parc ensuite, planté en bois très agréablement percé dans lequel existe vers l’est, un canal formé de la prolongation d’un fossé latéral qui traverse en ligne droite la profondeur dudit parc et forme un retour d’équerre au point où il se termine.

Dans l’angle de ce parc est un bâtiment servant de logement à un garde..."

.

Cadastre Villiers sur Marne - Feuille 3P1359 Section C de La Lande - 1810 (extrait)

Description de l'intérieur du bâtiment principal

L’intérieur du bâtiment est distribué par un vestibule carrelé blanc et noir ; grand escalier avec rampe en fer à arcade ; belle salle à manger boisée en lambris de hauteur et carrelée aussi en carreaux noir et blanc ; à gauche un logement de concierge avec escalier de dégagement garni de sa rampe de fer et à droite une grande cuisine avec garde-manger, bûcher et un second escalier de dégagement aussi garni de sa rampe.

Le premier étage est composé de seize grandes pièces, plusieurs cabinets, corridors et lieux à l’anglaise, la plus grande partie des dites pièces boisées en lambris à hauteur et garnies d’alcôves, chambranles en marbre sur cheminées ; plusieurs croisées à grands carreaux et une salle de billard carrelée en carreaux blanc et noir.

Le second étage contient la même distribution que le premier.

Le troisième étage est employé en garde meubles et en chambres d’officieux et le tout est terminé par un comble couvert en ardoises ayant chenaux noues faitage et dessus de lucarne en plomb.

Sur la partie du comble au-dessus du pavillon du milieu est une grande lanterne de six pièces de diamètre, percée de huit arcades et terminée par une calotte couverte en ardoise ; les planchers et le dessus de l’escalier qui y conduit sont recouverts en plomb, le pourtour est garni d’un appui en fer à barreaux croisés.

 

Note : Les cartes postales présentées ci-dessous datent du début du XXe siècle et ne sont placées ici que pour imager les textes précédents. Elles peuvent donc ne pas être le reflet exact des années 1810.

1812 : Le maréchal Mortier devient le nouveau propriétaire 

Maréchal Mortier, duc de Trévise

Edouard Adolphe Casimir Joseph Mortier fait partie de ces valeureux militaires qui se sont illustrés lors de l'épopée napoléonienne. A ce titre, il fut nommé Maréchal d'Empire le 19 mai 1804 puis Duc de Trévise le 2 juillet 1808 par l'Empereur Napoléon 1er, en remerciement de sa brillante campagne d'Italie. 

(A cette époque, Trévise était le chef-lieu du département du Tagliamento, au royaume d’Italie (1805-1814), entité politique dont l’empereur des Français était le roi et qui occupait le quart nord-est de l’Italie actuelle, sa capitale était Milan).

En 1812, le maréchal Mortier est en pleine campagne et retraite de Russie. C'est donc par adjudication et procuration que le maréchal acquiert le domaine de Lalande, le 21 mars, pour la somme de 410 000 francs. Il semble donc, ainsi, avoir mis à profit les quatre années de rente (à raison de 100 000 francs par an) qui était assortie à son titre de duc de Trévise.

Arrivé sur les terres de La Lande, le Maréchal Mortier est considéré comme un homme paisible, aimant la nature, la chasse, sa ferme et appréciant particulièrement le château de La Lande "cette demeure confortable et  hospitalière" dira-t-il.

Après avoir connu, sous différents régimes, de hautes fonctions politiques, le 13 octobre 1822, il s'investit dans la vie locale et devient Maire de la commune de La Queue-en-Brie, sur laquelle figure une partie de ses terres. Il le demeurera jusqu'au 8 octobre 1830 où il est appelé à d'autres fonctions nationales.

C'est de son château de Lalande qu'il partira, ce 28 juillet 1835, afin d'assister auprès du Roi Louis-Philippe, aux commémorations des Trois Glorieuses de 1830. L'attentat du terroriste Fieshi lui sera fatal.

Sa veuve conservera le domaine jusqu'à son décès, au château de Lalande, vingt ans plus tard,, le 13 février 1855.

(pour compléments, se reporter à Portraits)

 

A sa succession, ses héritiers décideront de mettre en vente le domaine. 

 

Attentat de Fieschi

Le 28 juillet 1835, Paris, en liesse, célèbre l'anniversaire de la Révolution de 1830. Cependant, le trône du roi Louis-Philippe est menacé.  Des rumeurs d'attentat circulent. Le roi refuse d'annuler la cérémonie. Le défilé s'élance depuis Les Tuileries. Louis Philippe est entouré de ses fils, des membres du gouvernement, de 19 lieutenants généraux et 13 maréchaux.

 Il est midi, quand à hauteur du restaurant Bonvalot, boulevard du Temple, une machine infernale comportant 20 canons de fusils liés ensemble entre en action. Fieschi, un conspirateur corse, a pressé la détente. Les dégâts sont terribles, pas moins de 40 victimes sont dénombrées. Louis- Philippe et ses fils sont indemnes. Le duc de Broglie ne doit la vie qu'à sa plaque de la Légion d'Honneur qui a arrêtée une balle. Le maréchal Mortier, faisant bouclier de sa haute stature, est tué sur le coup, par une balle qui a traversé l'oreille gauche et est ressortie juste au-dessus de l'oreille droite.

Les honneurs lui seront rendus au cours de funérailles nationales, le 5 août 1835.

Le mur d'enceinte du domaine du Maréchal Mortier construit par des prisonniers russes ? (Légende ou réalité) *

L'auteur (François Cavanna) rapporte les propos tenus par Ivan, un habitant russe installé sur la commune du Plessis-Trévise :

 

"... C'est Ivan qui m'apprit que le vieux mur de grosses pierres assemblées à la terre à lapin qui bordait notre propriété sur son plus long côté, plus de quatre-vingts mètres , et qui n'était qu'une portion d'un mur très long qui courait au loin, avait été construit par des prisonniers russes. Comment cela ?

- A Austerrlitz, grrande bataille, trrès grrande, votre Napoléon prrendre beaucoup beaucoup Rrusses prrisonniers-la-guerre, lui donner eux à marréchal Morrtier, donner aussi à marréchal Morrtier titrre "duc  de Trrévise", et donner pays d'ici, qui s'appelait Plessis-Saint-Antoine avant, devenu Plessis-Trrévise pourr marréchal, marréchal vouloirr grros murr trrès xsiolide tout autourr, prrisonniers rrusses fairre murr, avec mains, porrter pierres sur dos, trrès durr, trrès lourrd, pas manger, eux mourrir beaucoup, da ..."

 (Source : Les yeux plus grands que le ventre - Cavanna - Belfond 1983)

 

 

*  A ce jour, aucun document n'a été retrouvé confirmant ou infirmant ces propos. Ce sujet est peut-être à rapprocher du creusement du "grand canal" qui aurait eu lieu à la même époque mais dont nous n'avons pas retrouvé d'écrit à ce sujet ...

 

 

Porte des Bordes 1938 - Vestiges du Mur - Cliché pris des Bordes vers le Plessis-Trévise (actuelle avenue Ponroy)
Août 2015, Mur rénové. Cliché pris à la limite du Plessis-Trévise et de La Queue-en-Brie
Août 2015. Au fond du champ, les vestiges du mur délimitent le Plessis-Trévise et La Queue-en-Brie
Vestiges du mur séparant Le Plessis-Trévise de la Queue-en Brie (vue rapprochée de la vue précédente)

Découvrir les autres périodes et accéder à la liste des propriétaires

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© 2015-2017 SHPT - Mémoire-du-Plessis-Trévise.fr