Un week-end à la belle époque

 

Durant le premier quart du 20e siècle, Le Plessis-Trévise était un lieu de villégiature et de grandes propriétés. Le village n'étant pas si éloigné des bords de Marne, les parisiens y venaient nombreux pour se distraire et prendre l'air. Diligences et fiacres assuraient le service depuis la gare de Villiers-sur-Marne. C'était l'époque des parties de campagne. Les promeneurs du dimanche avaient alors le loisir, selon la saison, d'aller à la cueillette des champignons, de canoter à l'Ile Caroline ou de pêcher dans le canal. Ils pouvaient aussi prendre un peu de bon temps et s’étourdir dans les guinguettes ou les bals populaires.

Olga Lemaire nous confie ses souvenirs de jeune fille des années 1920 : 

 

Ile Caroline

 

« On se réunissait entre camarades, on faisait de la bicyclette, on allait se promener et marauder à l’Ile Caroline. On n’avait pas le droit d’y aller mais c’était si joli ! C’était sauvage, il y avait un pont qui s’écroulait, un kiosque où l’on pouvait s’asseoir. On y pêchait des poules d’eau. C’était bien ! …

 

     On allait aussi danser dans les bals, chez Laugaudin (place de Verdun), à La Renaissance à côté de chez Laroche (avenue Maurice Berteaux), au Nid de Verdure à Cœuilly. Ce dernier était un peu loin, mais on y allait quand même ! L’été, c’était le seul bal extérieur, il y avait une estrade avec un toit comme au chalet du Lac au Bois de Gaumont. Les bals avaient lieu le samedi soir, le dimanche après-midi et aussi le soir.

     S’il y avait une fête dans la semaine, il y avait bal également. Il y avait des tables et des chaises autour de la piste de danse. On consommait de la limonade, de la bière et surtout des panachés. Mon frère et ses copains se cotisaient pour acheter du mousseux. Les bals étaient animés par un piano mécanique. Il n’y avait pas d’orchestre sauf pour la fête du village ou la remise des prix dans la salle des fêtes.

     On dansait la Polka, la Mazurka, la Scottish ou le Quadrille. Pour danser la Scottish, on allait chez Laugaudin car il fallait une grande salle. On entrait par la porte cochère à côté du café, la salle était indépendante, elle était presque aussi grande que la Salle des Fêtes.

     Le Faisan Doré (avenue Ardouin - emplacement actuel de la station-service) n’était pas un bal populaire, c’était davantage une salle de réunion. Il y avait un piano mécanique mais quand occasionnellement il y avait bal, il était organisé par des sociétés du Plessis-Trévise ou de Villiers-sur-Marne. Beaucoup de personnes venaient uniquement le dimanche au restaurant.

      Avenue de Liège (avenue du Gal de Gaulle) près de la place des Fêtes, il y avait un café « Le Chien Jaune » où l’on recevait avec ses provisions. On s’attablait, on casse-croutait en plein air sous les arbres en écoutant de la musique.»

 

Bien entendu, pendant la guerre 1914-1918, il n’y avait pas de bal. Après l’armistice, une compagnie de Dragons avait été mise au repos chez les habitants. Quelle fierté c’était alors d’avoir le privilège d’être invité à participer à un quadrille par un de ces prestigieux militaires !

 

Le Faisan Doré était fréquenté par de nombreux parisiens attirés par la réputation de son restaurant médaillé, vanté par les guides des syndicats d’initiatives de la région. L’auberge, pension de famille, était un rendez-vous incontournable non seulement des chasseurs à l’automne, habitués de l’environnement giboyeux, mais aussi dès la Pentecôte, de citadins en quête de verdure et de quiétude. On voyait alors s’attabler, sous les tilleuls, d’honorables familles, qui en canotier, qui en robe d’organdi, chapeau fleuri et ombrelle, savourant les pâtisseries « maison ». On imagine le beau parc retentissant de rires d’enfants en costume marin, faisant de la balançoire, poussant un cerceau, jouant au volant ou encore au jeu de la grenouille.

 

     Ce premier quart de siècle fut aussi le temps des fins de semaine (on ne disait pas encore week-end) dans les grandes propriétés. On en dénombrait une trentaine. Chacune n'avait pas moins de trois à cinq hectares : les Glycines, la Pervenchère, la villa Olivia, les Sylves, la Roseraie, les Catalpas… et tant d’autres, au nom champêtre rappelant l’aspect des lieux.

     On y venait généralement à la belle saison. Le jardinier faisant office de majordome, entretenait plates-bandes, potager, serres, roseraie et verger. Il envoyait régulièrement à Paris : fleurs, fruits et légumes du jardin. Son épouse assurait le complément de service les jours de réception et le reste du temps, elle entretenait l’intérieur de la villa. Chacun avait à cœur de recevoir dignement sans être dispendieux. Passées ces festins, selon les caprices du soleil, la partie de croquet, de tennis ou de billard s'imposait, à moins qu'un tour de barque sur l'étang ne fût plus propice à favoriser une digestion parfois difficile.

     Les charrettes à âne faisaient la joie des petits, à moins qu’en échange de quelques sous, l’épicière Mme Deltour leur permette de plonger les mains dans ses grands bocaux de verre contenant berlingots, coquelicots, violettes et autres friandises. Quant aux plus grands, si autorisation leur en était donnée, ils pouvaient se laisser aller au son d'une valse sous la tonnelle « chez Montpellier » (près de l’actuel Espace Georges Roussillon).

     Quant aux plus aventureux, ils pouvaient se laisser bercer par l’orchestre symphonique du Casino des Familles à Villiers-sur-Marne ou emporter par le rythme du jazz-band au Belvédère.

 

     A cette époque, les occasions de se distraire ne manquaient pas, fêtes et démonstrations sportives viendront contribuer à l’ambiance chaleureuse du Plessis-Trévise.

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