Un propriétaire chaudement accueilli 

Transcription intégrale d'articles parus dans le journal Le Petit Parisien du 09 février 1931 *

 et dans l'Ouest Eclair du 13 février 1931 **

Janvier 1931 *

Depuis plus d'un mois, on signalait dans la région de Villiers sur Marne, de Noisy le Grand et du Plessis-Trévise, la présence d’un individu qui visitait les pavillons inhabités, logeant dans l’un ou l’autre pendant un du deux jours, grâce aux victuailles qu’il pouvait y découvrir et raflant linge ou objet à sa convenance.

Ce sont là pratiques assez courantes dans les localités de la banlieue qui servent surtout de résidence d’été aux parisiens, et l’on n’y connait pas de remède efficace. Les rondes de gendarmes ne peuvent en effet le soir venu, frapper à toutes les portes pour s’enquérir si l’occupant d’un logis en est bien le possesseur légitime et seule l’annonce d’un cambriolage constaté peut mettre en éveil.

 

C’est ce qui s’était notamment passé le 4 janvier dernier pour la villa que possède, 75, avenue de la Maréchale, au Plessis-Trévise, M. Jean Trochet, soixante-quatre ans, employé de banque demeurant 219, rue de Bercy à Paris. En venant ce dimanche-là faire une visite à son pavillon, il avait constaté qu’un cambrioleur s’y était emparé de divers objets après avoir couché dans son lit et souillé diverses pièces.

 

On le connaissait vaguement dans le pays, du moins de vue. C’était un homme plutôt petit, 1m65 environ, âgé de trente à trente-cinq ans, brun, au visage maigre et mal rasé, aux cheveux longs, probablement un étranger. Il portait un par-dessus gris à martingale.

Munis de ces renseignements, les gendarmes le recherchaient au hasard. Deux d’entre eux, les gendarmes Kachler et Cointe l‘aperçurent le 30 janvier vers 11 heures et lui donnèrent la chasse aux abords du Plessis-Trévise, dans les bois de Saint-Martin. Mais, fort agile, l’homme avait réussi à franchir une série de clôtures et de grillages et à disparaître dans la propriété du baron Petit (Petiet) qui compte 70 à 80 hectares de bois. Il avait perdu dans sa fuite une chaussure à semelle de feutre provenant du cambriolage d’une villa. Depuis lors, on n’avait plus signalé sa présence dans la région. 

 

Hier matin, profitant de son dimanche de liberté, M. Jean Trochet se rendit au Plessis-Trévise où il parvint vers 10 heures. En arrivant devant sa villa, il eut la surprise de voir une fumée légère s’échapper de la cheminée.

– Nous avons encore eu une visite cette nuit – pensa-t-il !

Persuadé que le visiteur nocturne avait dû, par prudence, s’éclipser aux premières heures du jour, il traversa le jardinet et ouvrit la porte d’entrée.

 

Dès ses premiers pas dans le couloir, M. Trochet fut accueilli par une série de coups de feu, tirés du haut d’une imposte. L’hôte indésirable avait – ainsi qu’on le constata par la suite – installé dans l’escalier une glace lui permettant de surveiller du premier étage, le vestibule. Voyant quelqu’un venir troubler sa quiétude, il le recevait à sa façon ! Les balles sifflèrent autour de M. Trochet puis une autre l’atteignit au côté droit de la poitrine ; il tomba. Le meurtrier jugea prudent de quitter alors la villa. Il gagnait le fond du jardin, lorsque des voisins attirés par les détonations, l’aperçurent.

Ils lui donnèrent la chasse, aux côtés de M. Foureau maire et du garde-champêtre Poujade. Un voisin tira un coup de fusil dans la direction de l’homme qui, ayant franchi la clôture, s’enfuyait vers les bois de Saint-Martin. Mais cette fois encore, il gagna de vitesse ses poursuivants tout en couvrant sa retraite par quelques balles de browning qui, heureusement, n’atteignirent personne. Survenant à ce moment-là, les mêmes gendarmes qui avaient traqué l’inconnu le 30 janvier, se joignirent aux voisins. On battit en vain la région.

 

Entre temps, relevé par des amis, M. Trochet avait été transporté au premier étage et étendu sur son lit. On y trouva sur le foyer un pot-au-feu qui cuisait dans une marmite. Le blessé fut peu après conduit en automobile à Paris et admis à La Pitié. On constata que le projectile s’était logé au sommet du poumon gauche. Blessure grave certes, mais qui, de l’avis des médecins, ne semble pas mettre en danger la vie de M. Trochet.

 

La gendarmerie ayant avisé la première brigade de police mobile, M. Simon, commissaire, se rendit, aussitôt au Plessis-Trévise pour procéder à l’enquête. Il recueillit les éléments que nous avons indiqués plus haut, sans pouvoir toutefois, obtenir des habitants d’autres précisions sur l’auteur du meurtre. Dans aucune des localités environnantes, on n’avait signalé son passage depuis le drame. Il avait vraisemblablement cherché un refuge dans les parages des «Richardais» (Richardet) qui constituent une sorte de maquis impénétrable. La nuit tombant de très bonne heure, il était illusoire et dangereux de tenter, à ce moment, une battue sérieuse dans la région. Après entente avec la gendarmerie de Corbeil, M. Simon décida donc de remettre cette opération à plus tard.

 

En regagnant Paris dans la soirée, le magistrat se rendit à La Pitié où il a entendu M. Trochet qui n’a pu donner de son meurtrier un signalement plus précis.

 

Meaux, 12 février 1931 **

Le malfaiteur qui avait semé la terreur dans la région de Villiers-sur-Marne et de Plessis-Trévise et qui, malgré les battues organisées, n’avait pu être arrêté, vient d’être identifié à la prison de Meaux ou il était détenu pour tentative de vol de bicyclette. C’est un nommé René Neveux, âgé de 23 ans, originaire de Maxeville.

Il a avoué au capitaine de gendarmerie, avoir commis quinze cambriolages tant à Villiers-sur-Marne qu’au Plessis-Trévise et notamment le cambriolage du château de Plessis-Trévise appartenant au marquis de Couchy-Conchat *** dans lequel il avait pénétré en plein jour à 100 mètres de la maison du garde.

 

Depuis plus de trois mois, Neveux vivait dans les villas inhabitées où il se ravitaillait de provisions abondantes qui y étaient accumulées et faisait même fonctionner les appareils de T.S.F. des propriétaires. 

 

N.B.  *** il s'agit de la famille Conchi-Concha qui ne possède pas de titre de noblesse 

 

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