Bandeau : Rosine Lagier - Il y a un siècle…la famille en France - La promenade des nounous avec leurs bébés.

 

La pouponnière du Plessis-La Lande

 

La guerre de 1870 opposa le Second Empire français au royaume de Prusse et ses alliés. Le conflit dura du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871. Il se termina par la défaite française entraînant la chute de Napoléon III et par la perte du territoire français d’«Alsace-Moselle» comme on disait à l’époque.

Le conflit donna lieu à de sanglantes batailles dont celle particulièrement meurtrière de Champigny-sur-Marne. (pour compléments sur ce sujet, se reporter à 1870 : Les prussiens à La Lande)

 A la fin de la guerre, l’institut hydrothérapique fondé dans les dépendances du château par le docteur Louis Fleury en 1867, totalement saccagé, est devenu méconnaissable. De retour sur les lieux, le 20 mai 1871, après son exil forcé vers la Belgique, le docteur Fleury et son épouse ne peuvent que constater le désastre. L’amertume jointe aux multiples affronts subis lors de l’occupation ne l’encouragèrent guère à réintégrer le domaine et encore moins à reprendre son activité.

Annonce parue dans la revue "Les annales de gynécologie, Tome 4 - 1875 -

 

Quelques années plus tard, on apprend par la presse (Le Petit Journal, Le Temps,…) de l’année 1875 qu’un certain docteur Pierre Saint-Clair de Monribot annonce un projet de création d’une pouponnière vraisemblablement dans les communs du château laissés vacants par le docteur Fleury.

 

 

Annonce parue dans le Petit Journal du 27 octobre 1875.

 

 

 

Un appel à financement d’une société anonyme pour l’allaitement des enfants est lancé. Le docteur Saint-Clair de Monribot, avec l’appui de 150 médecins de Paris constitue cette structure dont il sera le directeur. Il s’agit de « combattre la mortalité effrayante qui atteint les nouveau-nés placés par les parents chez les "nourrices mercenaires à la campagne ". Entendons par là, les femmes qui font profession d’allaiter les enfants de mères qui pour des raisons diverses et variées sont dans l’impossibilité de subvenir au nourrissage de leur progéniture. Ces motifs vont de l’absence de lait en passant par les contraintes liées au travail salarié féminin qui prend de l’essor, ou encore en invoquant des raisons d’ordre médical (abcès, maladies, etc.) voire une situation de quasi- abandon du nouveau-né par des « femmes frivoles prêtes à sacrifier leurs enfants au luxe et à la coquetterie ».

 

 

 

Le docteur Saint-Clair de Monribot a d’ailleurs des idées très arrêtées et fortement argumentées sur cette question. Il est notamment l’auteur d’un petit ouvrage qui porte en titre : « Alimentation des nouveau-nés, insuffisance de l’allaitement maternel et moyens d’y remédier ». Il y mentionne entre autre la légèreté avec laquelle la mère opère le choix de la nourrice sans porter guère d’attention aux conditions de son logement, à l’éducation que l’enfant est censé recevoir, voire à la qualité nutritive du lait qui lui sera offert, et bien d’autres choses encore comme la transmission possible de maladies par le lait de la nourrice. A l’actif du clairvoyant docteur, une mortalité infantile galopante, rarement inférieure à 50%, qui constitue un fléau national redoutable. Il préconise en conséquence le recours à l’allaitement artificiel, sous réserve qu’il soit assujetti à un certain nombre de règles particulièrement strictes en matière d’hygiène

On reconnaît bien ici l’influence des travaux de Pasteur, de l’action de Marbeau pour les crèches, et du courant hygiéniste. Mais ce n’est pas là la seule motivation puisque l’annonce indique que l’action n’en est pas moins lucrative. Les bénéfices présumés pour 500 enfants "seulement" seront de 22,5% venant s’ajouter aux 5% d’intérêts contractualisés lors de l’émission des actions. La société est enregistrée auprès de maître Trousselle à Paris avec un capital de 2 000 actions à 100 francs l’unité.

Le directeur est tellement confiant dans son projet qu’il n’hésite pas à solliciter les parents qui peuvent d’ores et déjà envoyer leurs enfants à la Pouponnière qui vient d’être ouverte.

 

Le choix du Plessis Lalande

Extrait du Figaro - 16 août 1875 - 

"Représentez-vous, sur un plateau élevé, un vaste domaine admirablement coupé de bois et de prairies et arrosé d’eaux vives. Dans ce domaine paissent de belles vaches laitières. Au centre, une grande maison bien aérée, munie pour les jours de mauvais temps de galeries couvertes, et, dans cette maison d’innombrables berceaux que gardent nuit et jour de dévouées servantes. Figurez-vous cette propriété pleine d’enfants nourris par le lait des vaches, et aussi des chèvres et des ânesses, qui elles-mêmes ne mangent qu’une herbe excellente, semée avec soin en bonne terre, et vous saurez ce que c’est qu’une Pouponnière.

Le médecin est là. Il veille sur les nourrissons, et se tient prêt à courir dès le premier appel au berceau qu’on lui signale. Chaque semaine, il passe, en outre, la revue des enfants et constate la croissance par l’augmentation régulière et continue du poids de chacun.

Tel est le programme bien simple mais bien humanitaire, bien fécond de la Pouponnière. L’inventeur est un médecin de Paris, un médecin de quartier, à qui cette idée est venue à force de voir les enfants s’étiolant dans les villes, mal nourris par des mères qui n’avaient elles-mêmes, une nourriture ni assez saine, ni assez abondante ou mourant de faim dans les campagnes où ils sont si souvent la proie de nourrices cupides. Il a cherché autour de Paris un emplacement convenable pour loger son idée. Chatillon, Bellevue, Montretout, Cormeilles, Montmorency, ont été explorés par lui avec soin. Mais, ici les constructions sont trop nombreuses, et il ne reste plus de terrain d’un seul tenant, de dimension suffisante. Là les moyens de communication manquent et il serait impossible, au père et la mère, de venir chaque dimanche, ou plus souvent même, visiter le nourrisson. Un seul point réunit toutes les conditions nécessaires : le plateau de Villiers, au-dessus de Champigny.

Le chemin de Fer de l’Est y conduit en trois quarts d’heures et délivre pour un franc cinquante cinq un billet d’aller et retour. Quinze trains dans chaque sens font le trajet. Les parents pourront aller facilement à la Pouponnière, et ce joli pays de Villiers deviendra un but de promenade hebdomadaire des plus intéressants pour toute une classe de personnes qui jusqu’ici étaient condamnées à ne voir leur enfant en nourrice qu’au prix d’un voyage long et coûteux.

Or, sur ce plateau de Villiers s’élève, précédé d’immenses prairies et entouré d’un beau parc, le magnifique château du Plessis-La-Lande, appartenant au ténor Roger. Les bâtiments sont vastes, admirablement exposés et bien aérés. On n’a qu’à y apporter les berceaux, et il en peut tenir cinq cents, à l’aise. Les pâturages sont excellents. Il y a des logements tout préparés pour le médecin-directeur, pour l’administrateur, pour les médecins-élèves. Des communs superbes permettront de loger les gens de service et de faire, hors de l’habitation, tous les nettoyages que comportent un tel établissement.

Dès que Roger, qui est à la fois, un grand artiste et un homme d’esprit et de cœur, eût causé avec l’apôtre de la maison d’allaitement, il n’hésita pas un instant à s’intéresser dans l’affaire, au point d’y engager sa propriété toute entière. Il fit plus peut-être, il lui trouva un nom excellent, ce nom de Pouponnière, si expressif, si facile à retenir et si évidemment destiné à devenir populaire."

 

La Pouponnière en activité - Témoignages

Les articles suivants témoignent de l'existence de la Pouponnière, qui aurait été dénommée ainsi par le ténor Roger, propriétaire des lieux à cette époque,  très enthousiasmé par cette initiative. 

Le Figaro - 17 octobre 1875 - Annonce du l'arrivée du premier enfant
Article de la revue des Annales de Gynécologie - Tome 5 - Janvier 1876
Article de la revue des Annales de Gynécologie - Tome 5 - Janvier 1876

Finalement, la Pouponnière restera une initiative limitée

Cette expérience est suivie de près par le Conseil Municipal de Paris et par divers Conseils Généraux, préoccupés de la rareté croissante des nourrices et devant faire des choix face aux résultats positifs de l'allaitement artificiel (moins de décès de nourrissons).

 

En 1878, dans ses délibérations, le Conseil général de la Gironde, voulant s’inspirer de cet exemple pour créer sa propre structure, ne peut que constater que « la Pouponnière installée au château de Plessis-Lalande, près de Paris, n’a pas réussi ; la cause de cet insuccès est due, dit-on, à l’organisation imparfaite de la société financière».

La commission du conseil de l'enfance a fortement recommandé au Conseil municipal de Paris de répartir les sommes prévues sous forme de primes d'encouragement aux mères nourrices et aux mères qui gardent leurs enfants près d'elles...

 

Quant à Pierre Saint-Clair de Monribot, il s’installera ultérieurement à Epinay-sur-Seine pour une nouvelle tentative. Cette pouponnière n’obtiendra pas beaucoup plus de succès que celle de Lalande et sera transformée en maison de santé.

Tout cela n’empêcha le docteur Monribot de devenir maire d’Epinay-sur-Seine de 1900 à 1905.

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