Métier : Garde-Champêtre

 

L'origine du garde-champêtre

Depuis la nuit des temps, les céréales représentent un capital des plus précieux. Elles mettent autant le puissant que le misérable à l’abri des disettes et des famines, même si aujourd’hui, au moins pour nos sociétés occidentales, cela reste un peu moins vrai, quoique ! A tel point que dans le langage populaire, le blé est ni plus ni moins qu’un synonyme de la monnaie sonnante et trébuchante.

La surveillance des récoltes a donc toujours fait l’objet d’une attention particulière qui a été vite confiée à des agents spécialisés.

Cette fonction a été assurée soit par des membres de la collectivité désignés à tour de rôle soit par des sortes de spécialistes entretenus par le groupe.

 On parle alors communément d’agents « messiers » dont on trouve trace vers les années 900, lesquels forment dès le Moyen-âge une espèce de prémisse de la police rurale. Le terme « messier » dérive du mot moisson et est donc relatif à celui qui en assure la garde.

Sous Louis XIV, les attributions de la fonction se trouvent étendues à la surveillance du droit exclusif de chasser réservé au seigneur. Ainsi, se constitue une profession dont les agents dépendent d’une «capitainerie» et qui sont chargés de la surveillance des territoires de chasse ainsi que des récoltes.

Ils sont incités à exercer une forme de police impitoyable envers les braconniers et les glaneurs, à tel point que leur suppression est souvent demandée dans les cahiers de doléances rédigés par les paysans sous la Révolution. Mais, en dépit de l’hostilité qu’ils suscitent, les « gardes-champêtres» se voient d’une part, dotés d’un statut de fonctionnaire municipal et d’autre part, leur présence est rendue obligatoire dans chaque commune de France.

Et au Plessis-Trévise ?

La jeune commune de Plessis-Trévise ne peut se soustraire à cette règle et c’est ainsi que, une année après avoir acquis son indépendance, elle nomme Charles Joseph DURANT, premier garde-champêtre en date du

13 décembre 1899. Il sera suivi de quelques autres durant près d'un demi-siècle.

Liste des gardes-champêtres du Plessis-Trévise 

 

Identité Date de nomination et autres fonctions
Charles Joseph DURANT 13/12/1899
Barthélémy HAUCINE/HOURCADE 04/08/1900
Joseph Auguste BUISSON 26/04/1907
Charles Ernest CHIFFER 24/07/1907
Louis POUJADE 08/07/1914
Augustin Alexandre GAUFILLIER 10/04/1915
Albert MAUFROY 26/02/1932
Alphonse André PACHOT 24/07/1934
 

puis nommé :

. Garde appariteur le 23/07/1937

. Régisseur pour la perception des droits de légalisation et            d'expédition

. Régisseur à la Caisse de chômage le 09/04/1940

. Employé pour l'allumage des feux des écoles le 01/11/1944

Aurélien Emile VIVET 24/02/1941(garde appariteur)

 

Inès Renault se souvient de Alphonse Pachot, personnage omniprésent dans la commune à l’époque :

 

« A bicyclette, et à de très rares occasions tambour sur le dos, en été il était vêtu de toile grise portant des leggings sans chaussettes avec des espadrilles ; il avait une tenue sombre en hiver.

Sa bicyclette lui était indispensable, ayant les pieds plats, sa démarche était pour le moins mal assurée. Il devenait furieux lorsqu'il voyait des enfants s'amuser à grimper sur le gymnase qui servait de manœuvre aux pompiers sur la place des Fêtes.

Il avait une petite vie douce à la mairie où lui et sa femme étaient logés, une vie si douce qu’elle devenait contagieuse en voyant cet homme si paisible pédaler sur les routes de Plessis-Trévise. Il mettait pied à terre pour prendre son journal à l'épicerie Deltour (située à cette époque face à l’actuel Espace Georges Roussillon). Lorsque je dis épicerie, le terme n'est pas exact. C’était disons un genre de centre commercial avant l'heure comme il y en a toujours existé en dehors des villes, c'est-à-dire épicerie, buvette, bazar, papeterie, confiserie, journaux, fruits et légumes, et j'en passe certainement. Comme il n'était pas très causant, les gens n'osaient pas l'interroger sur les faits et gestes qu'il aurait pu glaner dans la commune. Les mercredis et samedis matin, il faisait la tournée du marché…

Son tambour n'était pas souvent mis à contribution, et, même l'annonce de la mobilisation générale du 3 septembre 1939, il la placarda sur la porte de la salle des Fêtes. A mon avis, ce fut le dernier garde champêtre de la commune de Plessis-Trévise. »

Procès-verbal dressé par Alphonse  Pachot : 

 

"Étant en tournée le 14 août 1936 vers vingt-et-une heures et quart, je remarque, devant le numéro 29 de l'avenue de Liège, une cycliste sans lanterne. Arrêtée par moi, je constatais qu'elle n'avait pas d'éclairage, ni à l'avant ni à l'arrière, malgré la nuit. A ma demande d'identité, elle me déclara n'avoir aucun papier. En foi de quoi je lui déclarais contravention en vertu de l'article 49 du code de la route."

 

Mais l'affaire n'en reste pas là : intervention de Monsieur Guiselin auprès du maire.

"Aux dires de Monsieur Charles Bailleul, votre garde champêtre aurait verbalisé contre sa femme qui allait quérir, en bicyclette, vendredi soir, à la nuit tombante, une boîte d'allumettes, parce que sa bicyclette n'avait pas encore de feu éclairant. Lorsque je vous aurai confié que cette malheureuse allait acheter cette boîte d'allumettes pour allumer les lampions qu'elle venait d'acheter chez Monsieur Deltour et que ceux-ci devaient être placés sur la voiture ramenant le matériel de fortune leur ayant servi à gagner quelques sous à la fête du Front populaire de Villiers-sur-Marne en vendant des crêpes, vous vous imaginerez l'alarme que votre garde champêtre a jetée dans ce malheureux foyer de jeunes gens courageux.

J'ose donc supposer, Monsieur le Maire, qu'il ne s'agit là que d'une menace, légitime sans doute, mais qui ne sera pas suivie d'effet malencontreux".

 

Le maire répond :

"Suite à votre lettre du 18 écoulé, j'ai l'honneur de vous faire connaître que le garde-champêtre a bien voulu, sur mon insistance, enlever le procès verbal qu'il avait dressé contre Madame Bailleul.

J'espère que cette dernière ne se mettra plus en état de contravention. Malgré toute l'indulgence que je puis montrer, vous comprendrez qu'il y a un certain degré de discipline auquel il faut que chacun se plie

de bcnne volonté afin de me faciliter une tâche que vous devez savoir assez aride. Veuillez agréer..."

Tout est bien qui finit bien.

 

 

Monsieur Guiselin était un personnage un peu hors du commun. Il habitait une maison ancienne située dans un jardin touffu peuplé de nombreuses statues. De ses nombreux voyages en Polynésie, Indochine, Afrique et Amérique du Sud, il avait rapporté une multitude de meubles et objets décoratifs qui avaient bien du mal à trouver leur place dans la demeure. Il ne sortait jamais sans sa bicyclette. Doté d'une immense barbe blanche, vêtu d'une capote militaire, coiffé d'un calot agrémenté d'insignes divers et variés, il était chaussé de sabots rouges qu'il avait peints lui-même, d'où débordaient d'immenses chaussettes vert pomme à pompons rouges qui recouvraient son pantalon. Auteur publiant dans "La Revue des Deux Mondes", peintre à ses heures, bricoleur de génie (il avait inventé une sorte d'interphone pour filtrer ses visites), cet ingénieur chimiste serait l'inventeur de la méthode du cracking très utilisée dans l'industrie pétrolière... (selon Inès Renault)

Le garde-champêtre, que certains d’entre nous ont pu connaître, tel celui qui, au roulement de son tambour, parcourait le village pour annoncer les grandes nouvelles quand l’affichage administratif était minimaliste, n’a cependant pas complètement disparu mais ses prérogatives ont beaucoup évolué.

En 1958, sa présence n’étant plus obligatoire, il perd sa qualité d’officier de police judiciaire, tout en conservant un rôle éminent au plan de la police de proximité.

A partir de cette date, le nombre de garde-champêtre a fortement diminué : ainsi, en 2013, il en restait environ  

1 500 sur les 30 000 de 1958.

En 2015, le rôle du garde-champêtre a beaucoup changé et a été étendu. "Il a triple qualité : de fonctionnaire territorial, d’agent chargé de certaines fonctions de police judiciaire, et d’agent de la force publique".

Ses principales attributions sont :"Recherche et constatation par P.V des délits et contraventions portant atteintes aux propriétés rurales et forestières, possibilité dans certains cas, d’exercice du droit de visite, de saisie, de suite, de séquestre, d’effectuer des prélèvements, de contrôle et de communication de documents administratifs, de requérir directement la force publique, de procéder à certaines investigations, de recueillir les déclarations, de procéder à des arrestations dans les cas de flagrant délit."

Ils accèdent à ce poste par un concours de la fonction publique. Une fois recrutés, ils exercent les compétences mentionnées à l'article L. 521-1.

Ils sont placés sous la responsabilité du maire de la commune et se retrouvent parfois intégrés dans le service de la police municipale. Dans d'autres cas, ils sont au service du procureur de la République.Il peut y avoir un ou plusieurs gardes-champêtres par commune. Un garde-champêtre peut intervenir sur plusieurs communes.

 

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