1944 - Le Plessis-Trévise décrit par une élève

 

Cet article est rédigé à partir d'extraits d'un devoir rédigé en décembre 1944 par une élève de Madame Salmon, institutrice à l'école du Centre. Celle-ci a consigné sa perception personnelle des activités du Plessis-Trévise en cette fin de guerre. 70 ans après, ce témoignage demeure d'une grande valeur historique.

Rappelons qu'à cette date, l'occupation allemande est terminée cependant les choses ne sont pas encore rentrées dans l'ordre, loin s'en faut. La liberté est cependant retrouvée pour une grande majorité de Français. Le rationnement en est rendu moins pénible d'autant plus qu'il est chaque jour un peu moins draconien.

 

« Il n’y a pas d'industrie au Plessis-Trévise mais seulement quelques usines : celle des papiers peints est fermée depuis les grèves de 1936, c'est maintenant un dépôt de parfums Bourjeois à Pantin ». Le dépôt de parfumerie et de cosmétiques était situé à l'emplacement de l'ancienne usine de fabrique de faux-cols (en face du supermarché, avenue Ardouin), laquelle, la mode aidant, les faux-cols ayant perdu leur usage, devait céder sa place à une autre entreprise.

"A la place d'une fabrique de chapeaux s'élève une fabrique d'échelles". Cette entreprise est vraisembla-blement celle des échelles Riffaud qui est demeurée longtemps sur le territoire de la commune. Sa spécialité était devenue l'équipement des véhicules en échelles dépliables telles qu'on peut les voir sur les camions de pompiers notamment.

"La SIFOM est une fabrique de stylos, on y fait aussi des objets en galalithe (timbales, porte brosse à dents, boîtes à savon)". Cette usine est ouverte depuis 1938. La galalithe était une matière plastique fabriquée à partir de la caséine du lait. L'expansion de l'industrie pétrolière a vite supplanté ce matériau par la mise sur le marché d'une quantité d'autres à la fois moins coûteux et offrant une mise en œuvre plus aisée.

 

"Monsieur Grelet, le coiffeur, est le délégué artisanal de la commune. Les adhérents sont un serrurier, un maçon, un maréchal-ferrant; un menuisier, un horloger, un fabricant de fermoir de sac en cuivre, une couturière, une fleuriste et une réparatrice de parapluies. Il y a quelques années, les vitrines des épiceries offraient aux yeux des ménagères plessisoises" (c’est ainsi qu'on appelait les habitants du Plessis-Trévise à cette époque on y a substitué de nos jours le terme de Plesséen) un grand choix de pâtes, de conserves...

Rappelons que le récit se situe à peine à la fin de la guerre. Les problèmes de ravitaillement et d'approvisionnement sont encore épineux, aussi faut-il s'organiser vaille que vaille.

"Les grossistes livraient les marchandises dans de gros camions qui portaient une réclame : la tête sympathique de La Vache qui rit. Actuellement, le problème du camionnage est difficile à résoudre. Un commerçant ayant une camionnette a été désigné pour aller aux halles (lesquelles étaient encore au cœur de Paris). A son retour chaque commerçant va chez lui chercher sa part. Nous avons une coopérative (chaîne de magasins à l'enseigne des Coopérateurs), cinq boutiques d'alimentation générale, trois d'entre elles vendent des légumes frais. Nous avons aussi une charcuterie et deux boucheries dont une est fermée depuis la guerre (elle était située à l'angle des avenue de Gaulle et Charcot)."

"Le boucher touche de la viande des abattoirs (ces derniers pouvaient être proches, sous la forme d'abattoirs municipaux ou intercommunaux ou alors l'approvisionnement s'effectuait soit à Vaugirard soit à la Villette) et tue aussi des bêtes qu'il répartit entre les habitants du village. Le charcutier abat aussi lui-même ses bêtes.

Le pays n'a qu'une seule boulangerie et le boulanger ne confectionne de la pâtisserie que si on la lui commande. Il n’y a également qu'un seul bureau de tabac.

Deux fois par semaine, le mercredi et le samedi a lieu le marché *. Avant la guerre, il se tenait place des Fêtes. On y voyait deux crémiers, un épicier, un poissonnier, une boucherie chevaline, un marchand de légumes, un charcutier et une mercière. Maintenant, aux mêmes jours qu'avant, il a lieu dans un garage, avenue Ardouin, près de la mairie. Il y a deux crémiers, un boucher de bœuf, trois marchands de légumes, une mercière et un épicier.

 

* Précisons que le marché a été transplanté plusieurs fois depuis sa mise en service. Il a d'abord séjourné face à la mairie de 1928 jusqu'au début de la guerre puis s'est tenu ensuite près de la salle des fêtes, il sera ultérieurement couvert et installé à la place des immeubles face au supermarché de l’angle Ardouin/Leclerc, en 1969 pour aboutir enfin à son emplacement actuel en 1989.

Telle est la description de l'environnement du Plessis-Trévise des années de fin de guerre. La population compte un peu plus de 1 500 habitants (1 636 exactement) et les temps sont encore difficiles. Les premiers immeubles sont encore loin de voir le jour, Le Plessis-Trévise n'est même pas encore une banlieue tout juste un hameau encore un peu campagnard dont quelques rares habitants se hasardent à effectuer quotidiennement le voyage de Paris pour y aller travailler.

 

Ce ne sont pas les 342 maisons (dont une bonne moitié seulement est habitée toute l’année) qui ont nécessité des entreprises de déboisement intensif. La pénurie de charbon et les hivers rigoureux de l’Occupation ont suffi à entamer de façon irrémédiable le couvert forestier. Le village conserve malgré cela un aspect verdoyant qui séduit bon nombre de Parisiens. Ils viennent s’y promener et certains rapportent qu’en un après-midi, ils n’ont croisé guère plus de quatre personnes. Pourtant en semaine, les occasions de se rencontrer ne sont pas rares que ce soit chez les commerçants, somme toute assez nombreux ou le soir dans les fermes quand, après la traite, l’heure est venue d’aller chercher le lait frais.

Dans les années 1950, la reconstruction du pays va drainer un grand nombre de ruraux vers les villes dont Paris. Les communes limitrophes situées sur de grands axes de communication seront rapidement investies laissant provisoirement à l’écart celles qui comme le Plessis-Trévise sont un peu plus éloignées de la capitale.

Plus de 70 ans se sont écoulés depuis que l'élève de Madame Salmon a rédigé son devoir et ...bien des choses ont changé !

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